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Analyse - 24/09/2011

L’immigration entre mensonges et oublis

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En cette période de crise, l’immigration revient en force sur le devant de la scène. Depuis plusieurs mois de petites phrases assassines, y compris du plus haut sommet de l’Etat, visent à rendre l’immigration responsable de tous nos maux. Parmi les stigmatisés, les jeunes des banlieues, les roms ou plus récemment les réfugiés libyens ou tunisiens.

Aujourd’hui une conjonction de phénomènes accélère les flux migratoires. La misère liée à la répartition inégale des richesses, le désespoir de populations en proie à des dictatures, la multiplication de conflits armés parfois génocidaires accentuent l’exode massif de populations en recherche d’un havre de paix et d’un emploi. Et lorsque cette situation correspond à une période de crise économique dans les pays les plus riches, cela conduit inexorablement à des réactions de rejet de plus en plus affirmées.

En stigmatisant systématiquement l’immigration dans les moments difficiles, on oublie tout ce que celle-ci a apporté et continue d’apporter à notre économie. On oublie en particulier que, comme nombre de pays dits développés, la France est allée chercher les travailleurs immigrés dans les moments où elle manquait de main d’œuvre.

Cela a été particulièrement le cas dans les périodes d’essor de l’industrie des XIXe et XXe siècles ou dans celles d’après-guerre où il a fallu reconstruire notre économie et notre pays. D’ailleurs, jusqu’au milieu des années 70, la France se targuait d’avoir recours à l’immigration clandestine et privilégiait la régularisation a posteriori.

 Emplois délaissés par la main d’œuvre nationale

Avec la fin des « trente glorieuses » et notamment l’arrivée de la vague de désindustrialisation, la donne a changé. Ce moment aurait pu être l’occasion de repenser la nature même de l’immigration, de redynamiser un partenariat avec les pays d’origine pour assurer un développement mondial équitable. Hélas il n’en a rien été. Une fois de plus la logique retenue a été celle du repli sur soi et des mesures coercitives.

Se sont ainsi succédés de multiples dispositifs pointant l’immigration comme le danger : politique agressive d’aide au retour, arrêt de l’immigration familiale, concept d’immigration zéro puis d’immigration choisie. Toutes ces mesures se sont révélées inefficaces. En effet, elles ne prennent pas en compte le fait que des pans entiers de notre économie reposent sur l’immigration : le bâtiment, l’industrie, les services ou encore l’hôtellerie-restauration. On y a cantonné les travailleurs immigrés dans les emplois les moins qualifiés, les moins rémunérés et donc largement délaissés par la main d’œuvre nationale.

De récentes études prospectives montrent un besoin fort de main d’œuvre immigrée en Europe dans les années à venir. Face à cette réalité, la CFDT s’est engagée en faveur de la régularisation des travailleurs sans-papiers. Dans un monde en pleine mutation, de plus en plus marqué de flux migratoires, il est plus que temps de repenser la place de l’immigration et d’assurer à tous égalité des droits et dignité.

Jean-Paul Rueff

 Une nécessité économique et sociale

12,4 milliards € : tel est le solde positif, pour les finances publiques, de la présence des migrants dans l’économie française, évalué récemment par une équipe de chercheurs(1). Travaillant sur les chiffres officiels ils ont comparé les coûts des services publics, des prestations sociales, du logement et les sommes versées à l’Etat par les migrants du fait des impôts, taxes, contributions diverses. Plus encore, selon le Comité d’orientation des retraites, « l’entrée de 50 000 nouveaux immigrés par an permettrait de réduire de 0,5 point de PIB le déficit des retraites. (1) « Economie politique des migrations », revue Regards croisés sur l’économie, Éditions La Découverte, novembre 2010.


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