Actu revendicative


Marcel Gonin, tourneur sur métaux et intellectuel


D'un bout à l'autre de sa vie, Marcel Gonin a marqué la CFDT. Sa réussite consacre son combat pour une organisation syndicale forte, indépendante, capable de rassembler les travailleurs de tous horizons, chrétiens ou pas.

Marcel Gonin a pris sa première carte syndicale à la Manufacture d’Armes de Saint-Etienne dès la fin de la guerre. Marcel sera formateur dans les ENO (écoles normales ouvrières) de la région CFDT Rhône-Alpes, engagé auprès des minoritaires sous la houlette de Paul Vignaux, rédacteur d’analyses publiées dans le bulletin « Reconstruction ». Quelle alchimie de militants convaincus, persévérants, dans laquelle Marcel excellait !

La CFDT s’est construite. Ce serait-elle construite sans cette équipe ? Peut-être plus tard, peut-être jamais. Une chose est sûre, elle fut bâtie par des hommes d’une force de caractère peu commune, intelligents, convaincants, en capacité d’analyser les évolutions néfastes de la société. La souffrance physique et morale qu’ils ont tous vécu sous une forme ou une autre, à travers cette guerre, les a fait mûrir davantage que les générations suivantes.

Beaucoup de retraités ont connu cette période. Vous comprenez, j’en suis sûr, mon propos. Mais les générations aujourd’hui, quelle vision ont-elles de la société ? N’avez-vous pas l’impression que leur combat est celui presque exclusif de l’entreprise et qu’il y a un peu de résignation sur notre société ? Certes il faut se battre pour l’emploi, pour des conditions de travail meilleures, des salaires décents. Mais faut-il laisser le débat sur l’avenir et les formes de société à d’autres ?

Les idées plus que les honneurs

En tout cas ceux de « Reconstruction » ont ce projet de faire un syndicalisme ambitieux. Ne sont-ils pas favorables à un socialisme démocratique ? Ils le disent haut et fort. N’est-ce pas de leur groupe que sont nées les idées de contre-plan et d’autogestion, reprises ensuite par la nouvelle équipe dirigeante de la CFDT ?

Marcel Gonin, dès 1954, fut secrétaire général de la fédération des personnels civils de l’air et de la guerre lui permettant ainsi un accès au conseil confédéral. Après 64, il ne restera pas longtemps dans les instances dirigeantes, mais jouera un rôle clé, en coulisse auprès d’Edmond Maire. Edmond dira de lui, à propos du rapport d’orientation en 1973 : « Marcel y a été pour une bonne part. L’essentiel idéologique et stratégique, c’est clair, c’était Marcel et moi… ».

Marcel était aussi convaincu que l’évolution du syndicalisme passait par la cause des femmes. Il s’engagera dans le secteur confédéral dirigé par Jeanette Laot dans un combat pour l’égalité des droits hommes-femmes. Lors de la cérémonie d’hommage à la confédération, l’auditoire entendra sa voix dire en substance « J’ai été utile car plus efficace à faire comprendre aux hommes la condition des femmes ».

Marcel sera aussi à partir de 1982 et pour dix ans, secrétaire général de l’Union confédérale CFDT des retraités. Il sera un élément essentiel dans la modernisation et la construction de notre structure.

Enfin, je ne pourrais oublier les moments forts vécus à ses côtés ces huit dernières années à l’UTR de la Loire et les discussions fournies aux réunions de l’ULR Forez. Marcel était un syndicaliste né, un penseur. Il n’aimait pas les honneurs mais il savait faire avancer ses idées. Merci Marcel pour tout ce que tu nous as donné.

Marcel et Jeanne Gonin le 16 octobre 2008

Marcel et Jeanne Gonin le 16 octobre 2008