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Marcel Gonin : un stéphanois d’exception


Nous ne pouvions réaliser un dossier sur cette ville industrielle sans évoquer un de ses syndicalistes. Pour son parcours exceptionnel, nous avons choisi Marcel Gonin, même si sa modestie en souffre. Sa vie militante a commencé à la Manufacture d'armes de Saint-Étienne (MAS)...

Pour un stéphanois, pas de confusion. La grande Manu, c’était la Manufacture d’armes de Saint-Étienne (MAS) avec ses ouvriers d’État dépendant du ministère des Armées, surnommés « manuchards ». On y fabrique notamment les fusils MAS 36, puis 51 et plus tard des éléments des chars Leclerc.

Manufrance, c’était la Manufacture française d’armes et de cycles. Une grande entreprise stéphanoise aussi, mais privée. Célèbre par son catalogue « le chasseur français », elle fabriquait également des armes, mais de chasse.

La MAS des années 1930 est une entreprise moderne de grande taille qui emploie plusieurs milliers de salariés (le nombre variait en fonction du contexte international).

François Gonin y travaille comme ouvrier métallurgiste professionnel. Il inscrit son fils, Marcel, à l’école d’apprentissage de l’entreprise car elle jouît d’une vraie notoriété pour la qualité de la formation. Mais aussi pour la garantie de l’emploi, appréciable dans cette période rude d’entre deux guerres, avec des affrontements politiques et sociaux parfois violents et un fort chômage.

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Le dernier jour de froid en avril 2007. De gauche à droite Georges Goubier et Marcel Gonin.

Pour un syndicat libre laïc

Marcel Gonin intègre en 1939 l’usine d’armement. Il fait dorénavant partie de cette catégorie restreinte d’ouvriers, détenteur d’une qualification et d’un statut professionnel reconnu.

Il a 18 ans quand la guerre éclate. Il est trop jeune pour être appelé sous les drapeaux. Mais, après quelques mois passés dans les chantiers de jeunesse, l’État de Pétain le contraint à partir pour l’Allemagne. Les ouvriers de la MAS sont en effet les premiers visés par les réquisitions, les Allemands ayant besoin de main-d’œuvre qualifiée pour fabriquer leurs armements.

S’il ne subit pas les atrocités nazies, les vexations lui forgeront une carapace. Condamné pour sabotage à trois semaines d’internement dans un camp de travail, il retrouve le pays stéphanois en 1945.

Pour son père laïc, militant cégétiste avant la prise de pouvoir par les « cocos » venus de la CGTU, le syndicat doit rester libre. Sa mère lui prodigue la morale chrétienne et une grande capacité d’analyser les évènements et situations. Voilà Marcel au moment où les adhérents de la CFTC le sollicitent pour devenir leur porte-parole à la MAS. Le gaillard est déjà un vrai meneur d’hommes.

Délégué puis permanent syndical, il s’investit dans l’Union départementale CFTC de la Loire. Il rencontre René Mathevet, lui même devenu permanent après avoir mené de main de maître un conflit de trois mois chez Manufrance. La stratégie de l’évolution prend forme avec un autre grand syndicaliste, secrétaire général de l’UD Loire, Jean Pralong.

Acteur de l’évolution

Son engagement avec « Economie et Humanisme », la confrontation d’idées avec des cathos venus d’horizons différents permettent à Marcel de mieux prendre la mesure des problèmes à traiter. Il écrira des textes dans le bulletin pendant près de dix ans.

C’est avec Paul Vignaux, secrétaire général du SGEN, en opposition avec la majorité confédérale, puis Albert Détraz, secrétaire général de la Fédération Bâtiment Bois, que le groupe « Reconstruction » prend forme. Il se dissout à l’aboutissement de l’évolution de la CFTC en CFDT en 1964.

Marcel reste aujourd’hui fidèle à sa structure de base, l’Union locale des retraités du Forez, et fait bénéficier les plus jeunes de ses analyses pertinentes.

Une vie de syndicaliste

Cet article évoque Marcel Gonin à Saint-Étienne. Ensuite, il a exercé des responsabilités à Paris dans sa fédération des personnels de la Défense puis à la confédération et enfin à l’Union confédérale des retraités. Marcel Gonin a marqué tous ceux qui l’ont rencontré. Il est aussi l’auteur de nombreux articles et ouvrages.