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À Cuba, la visite présidentielle américaine ne fait pas le printemps démocratique


Les visiteurs prestigieux se succèdent à La Havane. Après le pape François et le président français, Barak Obama s’est rendu à son tour à Cuba. Bien qu’historique, ce déplacement n’aura pas à court terme les effets que nous attendons depuis la mise en évidence des excès de la « révolution cubaine ».

Le remplacement à la tête de l’État et du parti communiste, il y a quelques années, de Fidel Castro par son frère Raoul a certes un peu desserré l’étau qui étouffait la société cubaine. Le dialogue qui a débouché sur la visite du président américain est important et, toutes proportions gardées, il peut rappeler les premières ouvertures avec la Chine communiste, notamment celle initiée par De Gaulle en 1964.

Pour les chercheurs qui sont intervenus le 15 avril dernier lors du séminaire confédéral qui accueillait deux syndicalistes indépendants de ce pays, le risque est grand que Cuba devienne une copie caribéenne de la Chine contemporaine, c’est-à-dire, une évolution économique capitaliste triomphante corsetée dans une société refusant les avancées démocratiques.

Une ouverture économique

Sur le plan économique en effet, la période se caractérise par une redistribution des terres agricoles et une réduction des dépenses de l’État. Depuis 2010, dans 200 activités, 500 000 Cubains environ sont autorisés à travailler comme travailleurs indépendants. Parallèlement, le nombre des employés d’État diminue. Et les coopératives augmentent sauf dans le domaine agricole, malgré un processus bureaucratique très lourd, soumettant la création de ces dernières à une autorisation prise en conseil des ministres. Les consortiums prennent progressivement en charge les tâches économiques qui étaient jusqu’à présent exercées directement par les ministères.

Cette évolution économique interne s’accompagne d’une relance des investissements étrangers et d’une renégociation de la dette publique avec la Russie, la Chine et le Club de Paris. Une zone franche est en cours d’installation à Mariel, sur la côte, à 48 km à l’ouest de La Havane. Des groupes français comme Accord et Bouygues sont déjà implantés dans le pays.

Mais des libertés collectives et personnelles toujours restreintes

Alejandro Sanchez Saldivar, secrétaire de la Coordination unitaire des travailleurs cubains, et Victor M. Dominguez Garcia, directeur du centre de formation syndicale de la CUTC, ont témoigné de la pesanteur toujours présente du syndicalisme officiel cubain, la CTC. Cette confédération, toujours inféodée au parti communiste, relaye les décisions économiques et sociales du pouvoir, y compris les plans de restructurations.

Les syndicalistes indépendants présents à Paris ont été longuement retenus lors de leur retour dans leur pays où tous les documents ramenés leur ont été confisqués. Leur secrétaire général Ivan Hernandez Carrillo, lui, n’avait pas pu obtenir son visa pour la France.

Ces déboires, qui font suite à de bien plus graves : longues peines de prison, tortures notamment, n’entament pas l’optimisme des syndicalistes indépendants cubains forts de leurs 5 000 adhérents.

Lors de leur présence dans les locaux de la CFDT, ils ont pu bénéficier de l’expérience de syndicalistes d’Europe centrale (Bulgarie et Pologne) ainsi que de l’UGTT de Tunisie, de la CES, de la CSI et du TUAC (comité syndical consultatif auprès de l’OCDE) qui ont partagé avec eux les difficultés rencontrées tout au long du processus vers la démocratie politique, économique et sociale.

Cet accueil de la confédération en rappelle beaucoup d’autres et témoigne du soutien constant de la CFDT au profit des organisations représentant les travailleurs qui essayent de s’émanciper et de lutter contre les totalitarismes de tout bord, comme l’a affirmé en conclusion de cette réunion Yvan Ricordeau, secrétaire national en charge de l’international.

Jean-Pierre Delhoménie

L’étau du PC cubain étouffait toute la société.