Actu revendicative


À chacun ses pauvres ?


En 1987, Jacques Delors, président de la Commission européenne, lance le programme européen d'aide alimentaire aux plus démunis (PEAD) en réponse à un appel vibrant de Coluche et de Sœur Emmanuelle pour trouver les moyens de donner à manger à celles et ceux qui ont faim.

Il s’agit de puiser dans les stocks agricoles pour redistribuer les surplus de la politique agricole commune de l’époque (PAC). En 2011, 13 millions d’Européens de 19 États membres de l’Union sur 27 en bénéficient.

Faut-il que cette aide envers des citoyens – tiens, c’est quoi l’Europe des citoyens ? – reste dépendante du budget de la PAC ? Compte tenu de son évolution caractérisée par la disparition des stocks, la Cour de justice de l’Union européenne a répondu : « Non » considérant que l’aide sociale directe n’est pas du ressort de l’Union européenne. Bref que chacun se débrouille avec ses pauvres !

Parce qu’il y a eu des pressions considérables, notamment des mouvements associatifs, parce que le Parlement européen a donné de la voix, un compromis a enfin été trouvé permettant de maintenir les moyens actuels jusqu’en 2014… année de l’élection du Parlement européen. Beau thème de campagne sur « l’Europe des citoyens » pour l’élection du Parlement européen !

Derrière l’affectation de lignes budgétaires se cache un débat sur la conception de l’Europe. Il concerne des personnes. Comment peuvent-elles se sentir citoyennes européennes si elles ont faim, en partie, à cause de l’Europe ?

Jean-Pierre Bobichon