Action internationale


Les luttes d’après apartheid en Afrique du Sud


Le 16 août dernier, 34 mineurs grévistes succombaient sous les balles de la police anti-émeute sud-africaine. Le bilan final fait état de 44 morts, suite à plusieurs autres décès survenus parmi les 80 blessés de la fusillade. L'évènement a semé la consternation.

Depuis la fin de l’apartheid, personne n’aurait pu imaginer un tel drame, même si l’Afrique du Sud connaît une flambée de violence au point d’être considérée comme un des États les plus touchés par ce fléau.

Lorsque le 30 juin 1991 l’apartheid (en afrikaner séparation) en vigueur depuis 1948 est aboli, un fol espoir d’égalité des droits apparaît dans un pays jusqu’alors soumis à un principe de cloisonnement des races hors du temps. Un concept classant la population en quatre catégories raciales hiérarchiquement différentiées : les blancs, les indiens, les métis, les noirs. Un système aux visées ségrégationnistes indignes.

Hélas, la fin de l’apartheid n’entraînera pas les mêmes conséquences pour tous les Sud-africains. D’un côté un dispositif de mesures de discrimination positive (affirmative action) ouvre l’accès à des populations jusque là exclues aux voies de l’enseignement, l’économie, la politique, la culture ou bien d’autres domaines. De l’autre, de nombreux noirs restent au bord du chemin, laissés pour compte, au chômage pour 40% d’entre eux, d’autres se retrouvant surexploités et sous payés dans différents secteurs économiques. C’est notamment le cas dans les mines.

Sanglante et insoutenable

Malgré une injustice sociale flagrante et persistante, les gouvernements successifs d’après apartheid ont toujours évité toute épreuve de force avec les grands trusts industriels. Cette attitude jugée trop modérée est d’ailleurs contestée y compris à l’intérieur du parti emblématique de Nelson Mandela l’ANC (African National Congress) et de la principale organisation syndicale la COSATU (Congress of South Africa Trade Unions).

Au fil des années, les mineurs n’ont pas vu d’amélioration de leurs conditions de travail comme de vie, risquant quotidiennement leur peau pour de misérables ressources d’environ 400 euros.

L’augmentation de leur salaire - dont ils demandent le triplement - sera d’ailleurs leur principale revendication. Face à des employeurs inflexibles, les demandes syndicales de négociations s’accumulent et restent lettre morte. Acculés au désespoir les mineurs n’ont d’autre issue que la grève. Une situation inacceptable pour les dirigeants des trusts pour qui leur résister constitue une véritable provocation.

Comme unique réponse ceux-ci opposent un refus de négociation et la menace de licenciement des milliers de grévistes sous-estimant au passage leur détermination. Ce mépris a engendré la grève de Lonmin d’où est parti un mouvement suivi par d’autres mines voisines. On connaît la suite… Sanglante et insoutenable.

Défi d’avenir

Aujourd’hui le climat social ne s’est nullement apaisé. Début janvier 2013 de nouvelles menaces pèsent à nouveau sur des mines - d’or notamment - avec des risques de licenciements massifs là aussi pour des milliers de mineurs. Des grèves prennent également pied dans le secteur agricole autour du Cap où les salariés demandent que leur salaire journalier passe de 6 à 13 euros. Ce mouvement démarré en novembre avait fait alors 2 morts. Une importante manifestation regroupant 3 000 personnes a été violemment réprimée.

Face à la multiplication de conflits sans issue le constat est donc alarmant. L’Afrique du Sud, tout en ayant connu un bond économique, n’a pas su éradiquer des inégalités sociales d’un autre âge, marquées de luttes dures dans un contexte d’une grande violence. Surmonter cette situation par l’émergence d’un véritable dialogue social est un redoutable défi pour son avenir.

Jean-Paul Rueff