Notre activité


Aggravation inquiétante de la répression syndicale dans le monde


La Confédération syndicale internationale (CSI) a rendu public le 8 juin son rapport annuel sur l'état de la répression syndicale en 2010. Un constat sans appel. Globalement la situation ne cesse de se dégrader même si ça et là apparaissent quelques lueurs d'espoir comme celles nées du printemps arabe.

Dans un contexte mondial durci, l’atteinte aux libertés syndicales reste une arme privilégiée des régimes les plus répressifs. Des actes de violence caractérisée sous les formes les plus diverses sont relevées dans 143 pays. La CSI s’est livrée à une analyse de la situation par grandes zones géographiques et quel que soit le lieu ciblé la régression apparaît d’évidence.

Les Amériques restent le continent le plus dangereux pour les syndicalistes. Ainsi sur les 90 syndicalistes assassinés sur la planète plus de la moitié sont Colombiens. D’autres pays du continent se manifestent pour leurs actions criminelles antisyndicales, tels le Guatemala, Panama, le Brésil et le Honduras.

Des assassinats auxquels s’ajoute un large éventail d’exactions : attentats, enlèvements, agressions physiques, menaces, violations de domicile, licenciements massifs… Un constat terrible qui amène la CSI à parler « d’impunité et de climat de terreur ».

Vigilance permanente

L’Asie-Pacifique et le Moyen-Orient concentrent quant à eux les pays interdisant toute possibilité de s’organiser en syndicats indépendants. Sur les 17 pays recensés en ce domaine, 13 relèvent de cette zone : Birmanie, Chine, République démocratique de Corée, Emirats arabes unis, Iran, Irak, Koweït, Laos, Oman, Qatar, Syrie, Vietnam, Yémen.

Là aussi on relève une pratique d’assassinats notamment au Bangladesh, au Pakistan ainsi qu’aux Philippines. En Arabie Saoudite des travailleuses domestiques ont été particulièrement exposées aux agressions physiques et abus sexuels. Dans l’ensemble la CSI tire le constat d’ une « répression aggravée » pointant des cas de recours à des casseurs ou de licenciements collectifs pour briser des grèves comme au Cambodge, en Chine, en Inde, aux Maldives ou encore en Thaïlande…

Du côté de l’Afrique où pointait l’espoir d’une amélioration sensible du fait désormais d’une large reconnaissance constitutionnelle des droits syndicaux, les constats de violation de ces droits sont pointés « en hausse » par le rapport. Les manifestations brutalement réprimées avec de nombreux blessés sont fréquentes. Cela a été le cas en Algérie, en Afrique du Sud, au Ghana, au Kenya, tout comme en Tanzanie

2010 apparaît donc comme une très mauvaise année pour le respect du dialogue social et des droits syndicaux. Pire, la CSI indique que ce tableau ne semble pas devoir s’améliorer en 2011. Sur une terre qui ne tourne plus très rond, une vigilance permanente face aux atteintes aux droits de l’homme s’impose plus que jamais.

Jean-Paul Rueff

En savoir plus : rapport intégral sur www.ituc-csi.org

Europe : une situation détériorée

Face à un tel bilan l’Europe pourrait passer pour un havre de paix. Et pourtant même si l’on reste éloigné des situations dramatiques précédemment décrites le constat d’une situation détériorée s’impose. Un certain nombre de pays contournent ou violent les droits élémentaires du travail et se livrent à des pratiques clairement antisyndicales (Albanie, Belarus, Bosnie-Herzégovine, Estonie, Géorgie, Lituanie, Moldavie, Russie, Serbie, Turquie, Ukraine….). Dans les pays européens dont on citait le modèle social, la CSI déplore « un affaiblissement significatif du dialogue social » marqué du sceau de mesures d’austérité remettant en cause des acquis sociaux et un recours massif à la précarité.