Actu revendicative


Alcool : la soif d’en sortir


Cinq millions de buveurs excessifs dont deux millions de dépendants. Les buveurs ne sont pas des pervers, mais des malades chez qui l'alcool crée les mêmes manques qu'une drogue. La guérison les a remis debout.

« Je parie que tu ne les boiras pas ! » Sur le bar, quatre-vingt-dix-neuf canettes de bière sont alignées sur le comptoir. Le soir il n’en restait plus une seule. Yves Pouly me reçoit chez lui. Il est président départemental pour l’association Vie Libre. « J’étais arrivé à ne plus distinguer le sel du sucre. Comment j’ai commencé ? Vers quinze ans, je m’étais inscrit pendant les vacances dans une coopérative agricole. Mon boulot principal consistait à porter les bouteilles de vin. En une semaine j’avais appris à y goûter ».

René Grand, lui aussi de Vie Libre, me décrit aussi ses années de galère et son début dans l’alcool. Lui aussi avait 14 ans, il aimait le foot et les copains. « Les soirs ensemble, on fait la fête, les bars. On ne s’aperçoit pas que petit à petit la convivialité laisse place au besoin. On croit qu’on va s’en sortir seul, quant on veut. Bernique ! C’est plus possible, on est entraîné dans une spirale sans fin. Heureusement, dit René, à cette époque je n’avais ni épouse ni compagne. J’ai eu la chance de garder mon emploi de cheminot. »

Reconnaître les odeurs

Mais comment s’en sortir ? Pour l’un, les copains de la boîte l’ont, après plusieurs tentatives infructueuses, orientés sur Vie Libre. Pour l’autre, sa femme, au bord du divorce, s’est rapprochée de l’association. L’un et l’autre, inscrits avec leur assentiment, sont allés dans les réunions. Ils ont rencontrés des gens comme eux, matraqués par l’alcool, mais désireux de s’en sortir. « On ne nous impose rien, on peut tout faire, reboire si on le veut, mais la fréquence, l’ambiance chaleureuse des réunions y compris avec les familles deviennent une arme redoutable pour lutter ».

Le plus dur reste la confrontation avec les autres. Il faut larguer les ex-compères qui ne comprennent pas. Il faut savoir refuser. Savoir surmonter le passé récent. Pour changer de vie, au-delà d’une volonté, c’est le désir et l’amour de l’entourage qui priment sur tout le reste.
Avec Vie Libre, on retrouve des amis. On refait sa vie.
Après, il faut gérer tout ça au quotidien. Beaucoup de sauces par exemple contiennent de l’alcool, les charcuteries (pâté à l’armagnac...), les pâtisseries flambées (au rhum…). La vigilance est constante.
Et par quoi compenser les huit litres de liquides qu’Yves absorbait chaque jour ? Il boit énormément de café. De l’eau aussi. Il différencie même une eau de source d’une autre. Il reconnaît les couleurs, les odeurs. Bref, il revit.

Vie Libre, l’arme pour lutter

Association reconnue d’utilité publique, Vie Libre est composée d’anciens malades alcooliques (buveurs guéris), de leurs conjoints, enfants, parents ou alliés, de personnes abstinentes. L’association développe ses actions dans les domaines de la guérison (soins du malade et de la famille ; réintégration dans la société par son équipe de base), de la promotion (familiale, professionnelle et culturelle) et de la prévention (réunions tous publics ou dans les écoles, entreprises, services sociaux, etc.). Elle forme des militants et organise des stages d’alcoologie.

Mouvement Vie Libre : 8, impasse Dumur, 92110 Clichy. Tél. : 01 47 39 40 80www.vielibre.org

Lecture : Pierre Boidin et Daniel Dabit, La soif de mieux vivre, Éditions Vie Libre.