Actu revendicative


Associations et syndicats : Deux faces de la solidarité


Ces derniers mois, les débats sur les retraites ont occulté le côté « pile » de la question au travers des services rendus à la société par les retraités, notamment par leur engagement dans le monde associatif. Jusqu'où ? Comment ? Panorama.

La France compte plus d’un million d’associations (voir tableau 1). Un monde disparate puisqu’il englobe aussi bien l’association de quartier regroupant quelques individus autour d’un centre d’intérêt local et les grosses ONG (organisations non gouvernementales) nationales ou internationales. Aucune commune mesure entre une association de copains amateurs de scrabble ou de pétanque et celles du secteur sanitaire et social avec, en équivalent temps plein, leurs 380 000 salariés, ou celles du secteur éducatif aux 167 000 salariés.

Tableau 1. Les associations en chiffres

Associations sans salarié Associations employeurs Ensemble total Pourcentage du total
Sports 216 200 48 500 264 700 24%
Culture 173 400 31 400 204 800 19%
Loisirs 179 900 16 200 196 100 18%
Défense droits, causes 163 600 7 100 170 700 15%
Action sociale, santé 88 100 35 700 123 800 11%
Action humanitaire 35 400 5 400 40 800 4%
Éducation, formation, insertion 29 300 15 500 44 800 4%
Économie, développement local 29 600 11 000 40 600 4%
Autres 12 500 1 200 13 700 1%
Total 928 000 = 84% 172 000 = 16% 1 100 000 100%

Côté ressources, il en est de même. Les plus nombreuses ont des recettes limitées aux seules cotisations de leurs membres auxquelles s’ajoutent parfois de modestes subventions municipales. Les plus importantes gèrent des budgets de plusieurs dizaines de millions d’euros provenant de la générosité du public et de subventions publiques, y compris européennes. Certaines développent des activités propres payantes comme par exemple les associations d’aide à domicile.

Leurs points communs : pas de bénéfices à distribuer et des bénévoles sans lesquels tout ce petit monde n’existerait pas. Ils sont entre 10 à 15 millions à donner de leur argent mais aussi de leur temps pour animer, gérer et s’engager au service d’autrui. A ces bénévoles engagés dans le monde associatif, il conviendrait d’ajouter, comme l’a fait récemment France Bénévolat, 7 millions de bénévoles de proximité (personnes proposant leurs services à leurs voisins, amis…), et 4 à 5 millions de Français investis dans d’autres organisations du type syndicats, partis politiques, services et mouvements religieux… Même en tenant compte des « multicartes », cela fait quand même au bout du compte beaucoup de monde.

Les retraités CFDT encore plus engagés

Les résultats de l’enquête menée auprès des adhérents indique que sur le plan de leurs engagements, les retraités CFDT ne sont pas en reste : 70% d’entre eux ont des activités bénévoles soit nettement plus que la moyenne nationale. D’autre part, en plus de leur adhésion à la CFDT, ils sont, en moyenne, engagés dans deux associations. On les retrouve dans tous les domaines : social, humanitaire, culturel, sportif… Les retraités CFDT sont aussi généreux : 76% d’entre eux sont des donateurs réguliers (moyenne nationale : 56%). A noter que les retraitées sont un peu plus généreuses ainsi que les plus de 75 ans.

Cumul de fonctions ?

L’enquête réalisée par l’Ifop pour France Bénévolat révèle que si le taux d’engagement augmente chez les plus de 65 ans, il progresse beaucoup plus chez les 50 -64 ans. Près d’un jeune sur trois donne de son temps à une cause.

Les bénévoles engagés pour la première fois entre 55 et 60 ans déclarent l’avoir fait « pour être utile à la société » (74%) et par souci « d’épanouissement personnel » (42%). Le « désir d’assumer une responsabilité » n’arrivant qu’au 5e rang des motivations, cité uniquement par 23% d’entre eux. Pour autant, parmi les bénévoles de 60-65 ans, 40% sont membres du conseil d’une association, 50% du bureau, 45% sont responsables d’une activité de terrain, avec un taux de cumul important dans ces fonctions (voir tableau 2).

Tableau 2. Engagement selon l’âge et le statut

Statut dans la société Pourcentage d’engagement bénévole
Demandeurs d’emploi 27%
Actifs 30%
Collégiens, lycéens, étudiants 32%
Retraités et pré-retraités 51%
Ensemble de la population 36%

Une vraie gestion des ressources humaines

Dernier enseignement de l’étude, une proportion importante de bénévoles cesse son engagement en se disant déçue par l’organisation de l’association ou à cause de résultats insuffisants. Ce sont souvent les plus jeunes qui zappent. « Avec le bénévolat, on est confronté à un public ou à un monde que l’on ne connaît pas et qu’on va découvrir. Il faut s’adapter » analyse Raymond.

Il faut par ailleurs penser au remplacement de ceux qui sont en place afin d’assurer le renouvellement des cadres. Les associations se préoccupent de plus en plus de ces questions et prospectent notamment en direction des jeunes : « On ne fait plus le recrutement comme on le faisait il y à 10 ou 20 ans. Maintenant, on est beaucoup plus dans l’idée de monter un projet, d’identifier des missions, des fiches de poste pour pouvoir faire un recrutement ciblé » témoigne un responsable d’association.

Dans ces conditions, les jeunes retraités sont parfois perçus, pour reprendre l’expression d’un responsable, comme les « candidats idéaux pour les bénévolats qui demandent une implication régulière et de l’expérience. Les jeunes retraités sont disponibles, qualifiés et encore suffisamment jeunes pour rester actifs et dynamiques… Ils sont encore dans une dynamique professionnelle … » (1). Pour les futurs retraités se pose également la question de l’engagement « utile » : pour qui, pour quoi, où aller ? « Un an avant mon départ en retraite je me suis préparé à ce que j’allais devenir » confie Gaston. À l’inverse, Christiane illustre la difficulté dans laquelle sont confrontés ceux qui n’ont rien préparé : « Mon passage en retraite a été assez brutal, je me suis retrouvée inactive du jour au lendemain. Au début je me suis dit que c’était bien. Puis je me suis vite rendu compte qu’il fallait que je fasse quelque chose de ma vie. »

Guy Gouyet

(1) Cerphi (Centre d’étude et de recherche sur la Philanthropie) in Les associations et les seniors bénévoles, octobre 2010.

Associations et syndicats : les mêmes lois de liberté

Organisations syndicales et associations ont les mêmes racines : l’union au service d’une cause. Tout au long du XIXe siècle, les artisans, puis les ouvriers n’ont cessé de s’organiser au sein de corporations et d’associations de métiers qui ont, petit à petit, élargi le champ de leurs compétences.
Elles sont passées, au fil des années, de la prise en charge des risques sociaux (maladie, accident, chômage…) à la défense des intérêts professionnels de leurs membres y compris au financement des grèves.
La répression de la loi Le Chapelier en 1791 n’a pas pu empêcher la création des chambres ouvrières et des chambres syndicales regroupées dans les bourses du travail. Ce mouvement a permis la naissance des organisations syndicales actuelles après la loi autorisant la création des syndicats en 1884. Il fallut attendre 1901 pour que les associations voient le jour. Mais c’est le même esprit qui a prévalu à leur création. Celles des lois de liberté ont touché également la presse (1881) ou les coopératives (1889).

Atelier d’insertion à Lyon animé par des bénévoles du Secours catholique