Notre activité


Au cœur des Cercles de silence


Créés en 2007 par la communauté franciscaine de Toulouse, les Cercles de silence sont aujourd’hui en France une centaine. Animés par la Cimade, ils sont composés de citoyens de tous horizons, réunis pour dénoncer la situation imposée aux migrants et aux demandeurs d’asiles.

Chaque troisième vendredi du mois, une cinquantaine d’anonymes se retrouvent pour participer au Cercle de silence de Cergy-Pontoise, sur la place de la gare. À la sortie du RER, à deux pas du centre commercial et de la Préfecture, le lieu, très passant, n’a pas été choisi au hasard. Durant une heure, ils manifestent, en cercle et en silence, pour protester contre des décisions politiques et des actes qui ne respectent pas la dignité de l’homme, la privation de liberté sur simple décision administrative, le placement de personnes et les conditions de vie en centre de rétention administrative (CRA).

Devant la gravité de la situation et les menaces qui pèsent sur la politique de l’asile, les membres des Cercles de silence désirent aller au-delà des mots et des cris. Ils expriment la force de leur réprobation et de leur interrogation avec les moyens de la non-violence, et spécialement le silence. Par le silence, ils font appel à la conscience de leurs concitoyens. Pour eux, « la dignité de chaque personne humaine ne se discute pas. Elle se respecte. Notre silence le crie et continuera de le crier jusqu’aux changements indispensables.  »

Information et soutien

La force d’un Cercle de silence réside dans la qualité du silence qui interroge les membres du Cercle et ceux qui passent. Les Cercles de silence permettent également de soutenir les personnes concernées par la rétention. Des propositions concrètes sont faites à leur issue (pétitions, accompagnement au tribunal, etc.). Elles aident les participants par un même souci de coller à la réalité des Centres de Rétention Administrative (CRA) où la dignité humaine est mise en danger.

Enfin, les cercles permettent d’informer. Il y a toujours, autour du cercle, deux ou trois personnes qui donnent des explications complémentaires aux passants qui s’arrêtent, sans gêner le silence.

« Nous travaillons pour un changement durable d’attitude à l’égard des étrangers, affirment les participants. Nous invitons nos concitoyens à prendre le temps d’écouter en eux-mêmes les exigences de leur conscience par-delà les peurs. Nous l’avons écrit, ces problèmes sont mondiaux et complexes… Nous ne prétendons pas avoir la solution. Mais aujourd’hui, nous pensons que nous pouvons aller plus loin ensemble et que le chemin passe par le respect de la dignité de toute personne humaine. »

Sidoine Bourdon

À deux pas de Cergy et de Roissy, le CRA du Mesnil-Amelot

Derrière les grilles de la plus grande « prison » pour sans-papiers de France, 163 « sans-papiers » attendent une expulsion probable : « Ici on n’est pas des hommes, on est des numéros… Tous les parlementaires devraient venir ici et voir comment on accueille les étrangers. » Dans les couloirs du CRA, on croise des paumés de l’asile, des sans-papiers, des enfants, des touristes dont le visa est expiré, des « dublinés » : « Moi, j’ai une procédure Dublin, mais j’ai refusé d’aller en Italie car je veux déposer ma demande d’asile en France  », s’inquiète ce Sud-Soudanais. Jugé illégal par un arrêt de la Cour de Cassation du 28 septembre 2017, le placement en rétention des dublinés est pourtant inscrit dans le projet de loi sur l’immigration, présenté par le gouvernement fin septembre. Soulignons aussi l’évolution de la durée de rétention déjà passée de 32 à 45 jours avec la loi Besson et que la circulaire Collomb entend doubler. À quoi sert une durée d’enfermement aussi longue ?

Le silence rend l’information plus efficace.