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Aux premiers temps des chemins de fer


En ce début du XXIe siècle, le train n’est qu’une des composantes des mobilités en concurrence avec l’automobile et l’avion. Mais quand le chemin de fer est né au début du XIXe siècle, il a révolutionné les modes de transport et a entraîné des bouleversements sociaux de grande ampleur.

Comme en Angleterre où il est né, le chemin de fer arrive en France dans le cadre de l’exploitation minière. Il s’agit avec les rails de faire rouler des chariots lourdement chargés de charbon ou de minerai. La première ligne ouvre, en 1827, entre Saint-Étienne et Andrézieux, 18 kilomètres ! Des tonnes de charbon dévalent sur les rails par gravité et des machines à vapeur fixes hissent les bennes aux points élevés jusqu’à la déclivité suivante. Il s’agit d’accéder à la voie d’eau la plus proche, moyen de transport privilégié des pondéreux. D’ailleurs on utilise les termes « canaux secs » pour les voies ferrées et « embarcadères » pour les gares. Rapidement succèdent des transports de voyageurs : un train tiré par une locomotive relie Paris à Saint-Germain dès 1837. L’inauguration est faite par l’épouse de Louis-Philippe. Les Chambres s’opposent à ce que le roi risque sa vie dans un train qui roule à la vitesse prodigieuse de 37 km/h ! Malgré les mises en garde de l’Académie de médecine qui prédit qu’une « translation trop rapide produira sur les voies respiratoires un effet mortel », le succès de ce transport est immédiat.

Rétrécissement des distances

L’esprit du saint-simonisme souffle sur la France de la monarchie de Juillet. Ingénieurs et financiers pensent que le bonheur de l’humanité repose sur le progrès de la science et de l’industrie. En 1842 est votée une loi appelée « Charte » des chemins de fer, qui établit un partenariat public/privé : l’État devient propriétaire des terrains, finance l’infrastructure comme les ponts, les tunnels et des compagnies privées construisent voies ferrées et matériel roulant. Chaque compagnie dispose du monopole d’exploitation sur sa ligne. À l’initiative de financiers, comme les frères Pereire, des dizaines de compagnies se créent et projettent un réseau en étoile autour de Paris. Malgré la lourdeur des investissements, les profits sont colossaux, car le train, qui remplace la diligence lente et inconfortable, bénéficie d’un engouement considérable.

Transformations de la société

Sous la IIIe République, le ministre Freycinet lance en 1879 un ambitieux programme pour donner à tous accès au chemin de fer. Il veut que toutes les préfectures et sous-préfectures aient une gare. Et même les chefs-lieux de canton sont souvent desservis par un réseau secondaire, le tacot, petit tortillard à voie étroite construit sur l’accotement des routes. En 1914, le programme Freycinet est quasiment réalisé. C’est l’apogée du chemin de fer en France. Les conséquences sur la société sont diverses et multiples. Il faut unifier les horloges car avant, chacun vivait à l’heure locale. En 1891, le gouvernement impose, pour la France entière, l’heure du méridien de Paris ! La facilité des transports désenclave les régions isolées et entraîne l’exode rural mais aussi enrichit les campagnes en facilitant le transport des produits agricoles vers les villes. Le chemin de fer est le soutien de l’activité industrielle. Les paysages se transforment par la construction de ponts, viaducs, tunnels. Dans toutes les métropoles s’érigent de grandes gares, cathédrales des temps modernes.
Après la guerre de 1914, mais surtout après 1950, avec la déferlante de l’automobile, de nombreuses lignes sont désaffectées. Et deux siècles après sa naissance, le chemin de fer met en avant, aujourd’hui, la rapidité des liaisons et la faiblesse de son empreinte carbone.

Françoise Berniguet