Action internationale


Au Bangladesh, on risque sa vie au quotidien


Le Bangladesh fait de longue date partie de ces pays dont on sait qu'on y surexploite sans limite les travailleurs. Et cela en toute connaissance de cause des entreprises et pays donneurs d'ordre. Les situations dramatiques y sont fréquentes. Une réalité tristement marquée le 24 avril dernier par l'effondrement de l'immeuble Rana Plaza à Dacca.

Considéré comme le pire accident industriel de l’histoire du Bangladesh, cette tragédie survenue sur un site regroupant des usines de textile a fait 1227 morts en quelques secondes. Bilan cruel auquel il convient d’ajouter des centaines de blessés souvent graves. Nombre de salariés ont dû subir des amputations. Selon les déclarations de l’architecte, ce site avait été construit pour accueillir un centre commercial et des bureaux et en aucun cas un site industriel.

Liés à leur machine

Les catastrophes de ce genre, notamment les incendies, sont fréquents au Bangladesh tout comme au Pakistan voisin. Ainsi le 24 novembre 2012, on déplorait plus de 120 victimes dans l’incendie d’une fabrique de vêtements à Dacca. Le 11 septembre 300 personnes périssaient dans les mêmes conditions à Karachi. Entre novembre 2012 et fin janvier 2013, des collectifs d’ONG ont dénombré 28 incendies d’entreprises du textile.

Le Bangladesh cumule par ailleurs les situations extrêmes. Les infractions graves aux législations internationales du travail, les travaux de grande dangerosité, sans protection adéquate, comme ceux des chantiers de démolition des navires ou de traitement de recyclage de déchets polluants, y foisonnent. Et que dire de l’exploitation massive de plusieurs millions d’enfants soumis à des conditions de travail et de vie épouvantables et cela dès l’âge de 5 ans ?

Autant de situations d’esclavagisme qui vont jusqu’à l’enchainement des travailleurs liés par la main ou le pied à leur machine. Faut-il également relever des horaires infernaux jusqu’à 16 heures par jour et des salaires misérables ? Le Bangladesh est considéré comme un des deux pays aux salaires les plus bas, avec des moyennes évoquées entre 14 et 38 euros par mois.

Petit pas

Comme toujours dans un tel contexte, le syndicalisme n’est pas le bienvenu et les organisations syndicales présentes – dont six sont affiliées à la confédération syndicale internationale (CSI) – et leurs responsables sont régulièrement réprimés. En 2007-2008, les autorités ont prétexté arbitrairement un état d’urgence pour interdire toute forme d’activité syndicale.

L’année 2010 a été celle d’une grande répression avec plusieurs militants tués. Plus récemment en 2012, on relève dans le textile, secteur clé de l’économie bangladeshie, outre des pratiques antisyndicales courantes, l’assassinat d’un militant ou encore la séquestration, par des employeurs, de représentants syndicaux venus pour négocier.

Le choc provoqué par l’effondrement de Dacca a de fait imposé une série de discussions notamment à l’appel de l’Union européenne. Quelque 5 000 usines et 3,5 millions de salariées du textile (90% sont des femmes) produisent à près à 60% pour l’Europe et à 26 % pour les Etats-Unis. Dans un premier temps, syndicats et enseignes travaillant avec des entreprises du textile situées au Bangladesh se sont retrouvés à Genève pour signer et mettre en œuvre un accord sur la sécurité dans les usines.

De son côté le gouvernement bangladeshi semble avancer à petits pas vers un assouplissement dans la reconnaissance des syndicats et une réévaluation salariale. Mais on reste loin du compte. Et la route pour la dignité des travailleurs du Bangladesh s’avère encore longue et semée d’embuches.

Jean-Paul Rueff