Stats et études


Bouchons d’amour : Ils poussent le bouchon de la solidarité…


Victime du diabète depuis quarante-trois ans, Olympio Selvestrel s'est mobilisé et a entraîné les autres. La lutte pour l'insertion des personnes handicapées a toujours été une priorité. Une action qu'il mène collectivement, avec la CFDT, dans et hors l'entreprise avec ses anciens collègues.

« J’ai découvert mon diabète en 1970. J’étais en soin avec deux autres jeunes, nous avions à peine vingt ans. Eux, ils m’ont dit : « Si notre vie doit être courte, il faut qu’elle soit bonne ». À partir de ce moment-là, j’ai décidé de me battre. J’ai fondé une famille, nous avons eu un gamin, et puis je suis entré chez Dassault à Pringy en 1973. J’ai eu une chance énorme, j’ai rencontré Marcel Fournel, un militant syndical qui connaissait bien le handicap. Il avait un fils polyhandicapé et il militait à l’Adapei de Haute-Savoie.

En 2000, quand nous avons eu un conflit social important, le secrétaire du comité central d’entreprise a posé le handicap dans les revendications à négocier. En effet, un ingénieur avait mis à la porte un jeune stagiaire. Il estimait qu’il ne pourrait exercer des responsabilités parce qu’il était en fauteuil roulant. Dans la boîte, certains tombaient des nues et découvraient la réalité du handicap et ses conséquences.

Vingt postes

De là a démarré la collecte des bouchons en plastique. On a d’abord agi avec l’association nationale « Les Bouchons d’amour » lancée par Jean-Marie Bigard. Nous apportions les bouchons collectés à Chambéry. Puis un responsable nous a incités à créer une association-relais en Haute-Savoie. Là encore, la CFDT de Dassault a assuré, même si au départ, nous n’étions que quatre. Le comité d’entreprise nous a prêté un véhicule et la mutuelle « Existence » a offert une camionnette. Quand j’ai pris ma retraite, j’ai entrepris la tournée des mairies autour d’Annecy. Et le maire de Duingt, une petite commune au bord du lac, nous a proposé un local.

Les 200 m2 nous sont bien utiles, car en 2012, nous avons trié pas moins de 18 millions de bouchons. Quelque chose comme 45 tonnes que nous avons récoltées dans 200 points de collecte. En plus des bouchons, nous collectons aussi le métal que l’on peut trouver avec le plastique, et, depuis un an, les bouchons de liège. On n’est jamais de trop, entre retraités et toujours salariés pour œuvrer au tri sur une vingtaine de postes qui se succèdent.

Préfecture et Sécu

Et quand on remplit un camion de plus de 13 tonnes, une quarantaine de personnes sont là pour le charger. Il nous faut charrier 90 m3 de bouchons, cela fait 620 sacs de 16 kilos !

C’est dans cet esprit que j’ai accepté de siéger dans divers organismes à la demande de l’union départementale CFDT. Avec cette expérience de terrain, je suis plus crédible pour dire mon mot au sein de la commission départementale pour l’autonomie et les personnes handicapées, à la caisse primaire d’assurance maladie où je suis suppléant au CA, à la préfecture et au conseil général où je représente la Sécu !

Depuis mon premier boulot, c’est une façon naturelle de continuer à m’engager. Mais je ne le fais pas seul. Et puis nous avons des bons moments de détente, des casse-croûte et des fous rires… »

Propos recueillis par Jean-François Cullafroz

Bouchons 74

Créée dans le giron des Bouchons d’amour, « Bouchons 74 » est depuis l’an passé une association autonome. L’an passé, l’association haut-savoyarde a aidé treize personnes. En 2013, les résultats sont très encourageants. Trois dossiers ont été financés et honorés. Un tandemflex (siège de ski) et deux fauteuils électriques ont été achetés. Deux dossiers sont actuellement à l’étude pour un fauteuil électrique. Un fauteuil pour personne handicapée coûte 6 000 euros pour le plus classique, et 32 000 euros pour un engin électrique. Par ailleurs, l’association a redistribué un déambulateur, un fauteuil manuel et un scooter électrique.
Contact : olympio.selvestrel@wanadoo.fr.
http://bouchons74.org/