Actu revendicative


Construire pour unir les forces syndicales et associatives


Faut-il opposer action syndicale à action associative ? Est-ce la même culture ? Le même type d'engagement ? Y a-t-il opposition ou synergie entre ces deux mondes ? Peuvent-ils encore s'ignorer ? Et si là aussi on osait le changement ?

Monique est engagée syndicalement depuis 50 ans. Et depuis 2004 dans une association caritative. Elle a connu les associations de parents d’élèves, de quartiers, de malades. Depuis, les précaires sont son quotidien. Chaque jour, elle assiste, médusée, au « rabotage » des petits « avantages » des plus modestes : le relèvement des plafonds APL (aide personnalisée au logement) et CMU (couverture maladie universelle), les retards cumulés dans le versement des prestations, les espaces santé qui donnent des rendez-vous à échéance de trois mois, le projet de faire payer 30 € pour les frais de constitution des dossiers de l’aide médicale d’État… Une vraie « mesquinerie sociale ».
Deux points l’insupportent réellement. Celles et ceux qui développent kermesses et thés dansants pour trouver des financements, et ceux qui, au sein de son union locale de retraités, lui ont affirmé que l’exclusion n’était pas un problème de syndicat puisque personne ne venait « à nos permanences ! ».
Monique n’est pas épuisée pour autant. Elle va à l’essentiel : travailler à rétablir les droits, mettre en lien avec les services, prendre sa part aux rapports statistiques des accueils que le Secours Catholique a lancé voilà déjà 30 ans pour identifier toutes les dégradations des situations rencontrées par l’association caritative d’une année sur l’autre. Et pour alerter et réclamer justice.

Défendre les associations

Certes, son engagement est souvent vécu comme un lieu d’action concret et immédiat. L’action syndicale, Monique en est consciente, n’a pas ce caractère tangible. Mais elle veut éviter les slogans faciles du genre : « L’association soigne. Le syndicalisme guérit. »
« Heureusement qu’il y a des gens qui soignent, rétorque François Soulage, parce que les organisations syndicales ne pourraient pas le faire. » Pour le président national du Secours Catholique : « il est important que nous passions du temps à soigner. Mais on ne peut pas continuer à avoir des blessés de la vie si on ne travaille pas ensemble à la prévention de ces blessures professionnelles, matérielles, sociales… C’est sur ce terrain que nous pouvons rencontrer les organisations syndicales parce qu’elles aussi soignent ceux qui sont au travail en améliorant leurs conditions de travail. Mais en même temps elles essaient de prévenir. »

Une expérience trop rare

Alors synergie dans les démarches et les initiatives ? « Les synergies sont difficiles à mettre en œuvre parce que le syndicalisme français est partenaire social. Il est donc inséré dans un dialogue avec les pouvoirs publics, analyse François Soulage. Les associations ne sont pas dans cette situation. La synergie pourrait donc venir d’une liaison plus forte entre le « dialogue social » et ce que nous appelons le « dialogue civil », c’est-à-dire le fonctionnement général de la société. J’ai le sentiment qu’aujourd’hui ces synergies ne sont pas assez recherchées de part et d’autre, chacun ayant à mon avis ses responsabilités. »
Juin 2005, au Conseil économique, social et environnemental, l’ensemble des partenaires sociaux, Medef inclus, signait avec les associations regroupées au sein d’Alerte (1) une convention de partenariat. Une première dans le paysage social en France ! Cinq ans plus tard, où en est-on ? Pour la CFDT, Jacques Rastoul apporte sa contribution (voir encadré).
François Soulage souligne l’intérêt du croisement des engagements : « Hier je recevais un président de délégation, ancien syndicaliste. C’est un terreau important car ce sont des gens qui ont une vraie expérience de terrain, qui savent aussi ce qu’est une négociation. Nous avons de plus en plus besoin d’être en contact avec les autorités locales. Et pour des gens qui ont l’habitude des négociations, c’est très important. Cette expérience est trop rare ».

Daniel Druesne

(1) Le collectif Alerte regroupe 37 associations nationales de lutte contre la pauvreté et l’exclusion.

Élargir l’horizon. Unir nos forces !

Dans le rapport « Oser le changement », Marcel Grignard propose de repenser la dimension sociale et sociétale vécue dans le syndicalisme CFDT. Extraits.
« La CFDT doit aussi prendre les moyens … d’intervenir … sur ce qui fait la vie des salariés (logement, transports, écoles, politique de la ville…) et sur les enjeux de société (politique de l’énergie, enjeux environnementaux, santé, libertés publiques, immigration…). »
« Pour y parvenir, la CFDT doit construire des partenariats structurés et durables avec d’autres acteurs associatifs (dans les domaines de l’intervention sociale et environnementale en particulier). Moyen indispensable pour élargir notre horizon et notre compréhension des problèmes. Moyen d’unir nos forces avec ceux qui, bien que différents, sont porteurs de valeurs et engagés pour les réformes indispensables. »