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« Un enfant si je veux, quand je veux. »


Après la guerre, les progrès de la science permettent un renouvellement des idées autour de la notion du vivant, de l’origine de la vie. Des techniques autour de nouveaux procédés contraceptifs voient le jour. Comment les faire accepter par la société ?

En France, la loi de 1920 assimilait la contraception à un crime

Entre 1956 et 1967, onze propositions de loi seront déposées par la gauche pour modifier la loi 1920 qui interdit « l’avortement et la propagande anticonceptionnelle pour tous les moyens » : le coitus interruptus, le préservatif, le diaphragme, la cape, la méthode Ogino, le stérilet. S’appuyant sur des considérations de santé, la pilule est jugée dangereuse avec de possibles effets secondaires de développement du cancer. En 1956, la gynécologue Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé fonde avec Évelyne Sullerot « la maternité heureuse » et non subie, qui prendra en 1960 le nom de « Mouvement français pour le planning familial ». Elle s’indigne contre la situation de plusieurs centaines de milliers de femmes qui meurent chaque année des suites d’un avortement, des femmes condamnées à souffrir ou à subir sous couvert de « bien-pensance ». Des femmes qui n’ont pas les moyens de prendre les cars pour aller en Angleterre, bien en avance sur ce sujet par rapport à la France. Près de 600 médecins reçoivent une formation clandestine pour s’initier à l’emploi des moyens contraceptifs existants.

« Le droit de disposer de son corps »

Cette revendication des femmes est très mal acceptée par les institutions, l’ordre des médecins, des pharmaciens, l’Église, la droite conservatrice, mais aussi par le Parti Communiste et la CGT qui étaient contre le « néomalthusianisme réactionnaire » et contre les revendications d’ordre libertaire. Ils ne voulaient pas affaiblir « l’armée des prolétaires ». Les socialistes étaient pour, c’était une promesse de campagne de Mitterrand en 1965. Un député gaulliste, Lucien Neuwirth s’engage dans ce combat.

En 1967, la loi Neuwirth autorise l’utilisation de la pilule en France et légalise la contraception… mais l’interdiction de toute publicité est toujours en vigueur. Le ministre de la Santé, Jean Foyer, bloque les décrets d’application pour la commercialisation de la pilule. Ils sortiront entre 1969 et 1972.
La pilule a conquis un nouveau droit pour chaque femme indépendamment des hommes. Ce droit a mis à bas le vieux système patriarcal, il a ouvert des possibilités pour changer la hiérarchie sociale.

Danielle Rived

Le mouvement des résidences universitaires : « Faites l’amour, pas la guerre. »

Les étudiants n’ont pas le droit d’entrer dans les chambres des filles, considérées comme mineures, même pour celles qui ont plus de 21 ans. Ils réclament une liberté sexuelle. En janvier 1968, à la faculté de Nanterre, Daniel Cohn-Bendit interpelle, avec un groupe d’étudiants, le ministre de la Jeunesse et des Sports, François Misoffe, sur les problèmes sexuels des étudiants : DCB : « Dans votre livre sur la jeunesse, on n’y parle pas de sexualité. Pourquoi ? » Réponse du ministre : « Je vous conseille de piquer une tête dans la piscine pour vous calmer. »

Les dates à retenir

1957  : commercialisation de la pilule aux États-Unis.
1960 : En Grande-Bretagne, plusieurs molécules contraceptives sont progressivement commercialisées.
1961  : L’Australie commercialise à son tour la pilule.
1961  : La République fédérale d’Allemagne autorise la vente de la pilule.
1967  : La loi Neuwirth autorise la commercialisation et l’utilisation de la pilule en France. Elle doit être vendue sur ordonnance, l’accord des parents est exigé pour les mineures.
1969  : décrets d’application sur la commercialisation de la pilule.
1974  : la pilule est remboursée par la Sécurité sociale.
1975  : la loi Veil rend légal l’avortement.

Huit ans plus tard, en 1975 sera votée la loi sur l’avortement.