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Corvée ou cordée, faut bien qu’on mange !


Face aux risques pris en venant travailler pendant le confinement, les salariés de la grande distribution alimentaire avaient espéré être récompensés pour leurs bons et loyaux services.

Pour raconter, Emmanuel Macron n’a pas son pareil. Il a nommé les élites « premiers de cordée » pour qu’ils fassent ruisseler sinon des sous, au moins le goût de l’émulation au sein du peuple. Pour préserver la population menacée par le coronavirus, certaines de ces élites (chercheurs, médecins hospitaliers ou pas, professeurs, directeurs d’hôpital) ont mouillé la chemise (comités scientifiques, création de lits, de processus, apparitions télévisées et autres). Le président de la République a mis en récit cette période en collant la Grande Guerre, celle de 14-18, à la Résistance victorieuse en 1945. Il nous a promis des « jours heureux » et distingué le front de l’arrière.

Les salariés de la grande distribution, sur le front et de corvée !

Avec Amazon, le commerce alimentaire de gros et de détail est le grand bénéficiaire de la stratégie mise en œuvre contre le Covid-19. Auchan qui perd des parts de marché en France, depuis sept ans, se retrouve « en positif ». Les Mulliez, propriétaires d’Auchan, ont, dès le 22 mars, parlé de prime de 1 000 euros pour 65 000 salariés présents de la maison mère. « Tête de gondole sociale », dit Guy Laplatine, délégué syndical CFDT du groupe. Le syndicat a dû se mobiliser pour que les étudiants salariés n’en soient pas exclus. Leur prime sera proratisée par rapport au contrat de travail et la période de référence allongée au 9 mai pour tout le monde.

Élisabeth Santos-Seco, secrétaire nationale de la fédération des Services chargée de la grande distribution, constate amèrement que cette période a eu peu de conséquences sur la qualité du dialogue social. Ici, la direction des ressources humaines s’est contentée d’appliquer les préconisations du gouvernement, là on a associé les syndicats à la mise en œuvre sur le terrain, mais partout il a fallu que la CFDT bataille pour que les modalités d’attribution de la prime ne créent pas d’injustice. Se pose la question des salariés absents pour maladie. Cette prime prend des allures de double peine : le salarié en maladie est pénalisé parce qu’il est atteint du Covid. Il en est de même pour le salarié à risque qu’on a incité à rester chez lui ou celui qui a été absent pour garde d’enfants. Le Covid n’est pas arrivé le 16 mars, la référence au confinement pour savoir qui a droit à la prime ou pas n’a pas de sens. On constate que l’ensemble des enseignes ne versent pas de prime aux salariés en télétravail à l’exception de la logistique alimentaire internationale d’Intermarché.

Vers la fin du modèle de l’hypermarché

Les salariés de la grande distribution savent bien que la question des rémunérations ne va pas se résoudre avec des applaudissements en terrasse à 20 heures. Ils vivent la fin du modèle de l’hypermarché, la montée de l’e-commerce, la généralisation de la polyactivité, la demande de nouveaux services, les nouvelles exigences des consommateurs et les besoins des fournisseurs de l’alimentation en particulier. Ils sont au cœur de la mutation numérique mais aussi écologique. Il va falloir leur raconter une autre histoire que celle du Conseil national de la Résistance et des tranchées de Verdun. La CFDT s’y emploie et, même si ça fait vieux monde comptant peu sur les élites, elle parle de conditions de travail, de gestion prévisionnelle des compétences, de grilles de salaires, d’intéressement et de participation. Pour que le tsunami annoncé les épargne.
On pourrait peut-être raconter l’histoire d’une société si complexe qu’elle aurait besoin de corps intermédiaires, de contre-pouvoirs qui savent de quoi ils parlent. Juste ça.

Gérard Lopez

La CFDT se bat pour une juste attribution des primes.