UNION CONFÉDÉRALE CFDT DES RETRAITÉS

Notre activité


Cours clandestins pour les filles afghanes


Le retour des talibans au pouvoir en 2021 a marqué la fin de l’accès l’enseignement secondaire pour les filles. Des associations se battent pour leur permettre de poursuivre leur scolarité dans des classes clandestines.

Depuis quatre ans déjà, les filles afghanes doivent quitter les bancs de l’école dès leur douzième anniversaire.

Au-delà, l’éducation est réservée aux garçons. Ainsi en ont décidé les autorités talibanes à la tête du pays. « L’Afghanistan reste une exception mondiale, aucun autre pays n’interdit l’accès des filles à l’enseignement secondaire et universitaire », souligne l’Unicef, qui évalue à 2,2 millions le nombre d’adolescentes exclues des salles de classe d’ici la fin de l’année.

L’avenir de ces jeunes filles s’assombrit de jour en jour. Les lois talibanes réduisent peu à peu la place des femmes, interdites de toute vie sociale, publique, professionnelle. Les jeunes femmes engagées dans un cursus universitaire ont été invitées à rentrer chez elles. Même les filières médicales, un temps tolérées, ont fini par leur être fermées, alors que les femmes sont les seules à pouvoir soigner les femmes.

« La population est horrifiée, les filles ont le sentiment de faire partie d’une jeunesse sacrifiée », témoigne Carol Mann, historienne et sociologue, spécialiste du genre et du conflit armé. Une réalité d’autant plus cruelle que l’éducation des fille avait fait d’importants progrès au cours des vingt années précédant le retour des talibans. Une jeune femme sur trois avait alors accédé à l’enseignement supérieur.

Des associations impliquées

Une forme de résistance est apparue dans la population. En quatre ans, environ 10 000 écoles clandestines se sont créées dans le pays selon l’Unicef. L’association Femaid, fondée par Carol Mann, agit dans ce sens, en partenariat avec l’association Nayestane, créée par des Afghans en exil. Les projets de ces deux associations bénéficient de financements du ministère des Affaires étrangères et de dons privés. « Dès octobre 2021, nous avons organisé des cours à Kaboul, raconte Lutfia Atay, chargée de projet pour Nayestane. Depuis, nous avons mis en place 140 classes fréquentées par 3 000 élèves dans les 22 provinces du pays, dans les principales villes comme dans les régions les plus isolées. »

Les programmes sont ceux enseignés avant l’arrivée des talibans. Les enseignantes, recrutées dans la plus grande discrétion, sont d’anciennes professeures privées de leur travail ou des étudiantes en fin de cursus, souvent en droit ou médecine. Dans un contexte de pauvreté généralisée, ce revenu leur permet d’échapper à la misère. « Nous privilégions les candidatures des veuves chargées de famille, les plus fragiles économiquement », précise Lutfia Atay. Les cours ont lieu dans des lieux privés, en secret, avec une part de risque inévitable. Parfois les autorités locales ne sont pas dupes, mais elles ferment les yeux. « Certains talibans y envoient même leurs filles et dans ce cas cela peut être une protection pour les autres, élèves et enseignantes », indique Carol Mann.

Un antidote à la dépression

En cas de visite inopinée de la milice talibane, les élèves ont acquis les bons réflexes : recouvrir livres et cahiers avec des travaux de couture ou un exemplaire du Coran.

L’enseignement en ligne vient parfois en complément des cours en présentiel, mais ce n’est pas la solution privilégiée par les associations. « La classe offre un espace de sociabilisation essentiel, c’est important pour prévenir la dépression qui touche la plupart de ces jeunes filles », estime Lutfia Atay. Des psychologues qui travaillent avec l’association peuvent accompagner les élèves les plus vulnérables. L’éducation, mais aussi la santé mentale, sont aujourd’hui des enjeux majeurs pour la jeunesse afghane.

[Marie-Nadine Eltchaninoff