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Crise des réfugiés : la faute à « Bruxelles » ou aux États membres ?


Le débat, de plus en plus tendu sur le traitement de la vague migratoire de réfugiés, est caractérisé par l’opacité, l’hypocrisie – voire le mensonge – l’inefficacité et la mauvaise volonté des gouvernements des États membres. Alors la faute à qui ?

La poursuite des drames humains sur les côtes grecques, italiennes ou en France doit nous amener à nous poser des questions pour que les décideurs aient le courage et la volonté politique de trouver des réponses. À travers les débats, résolutions, rapports, il est en effet extrêmement difficile de discerner des réponses claires sur des questions simples.

Quels gouvernements sont véritablement disposés à accepter le principe même de « l’européanisation » du contrôle des frontières extérieures – renonçant ainsi à leur souveraineté exclusive sur ce contrôle ? Certains gouvernements qui, comme la France, semblent y être aujourd’hui favorables n’y ont-ils pas fait obstacle durant des années ? Sont-ils maintenant prêts à accepter cette dimension européenne supplémentaire ?

Comment se fait-il que les engagements formels de la plupart des États à participer activement à certaines mesures (aide financière, détachement de personnels spécialisés sur les lieux, fourniture de matériels modernes d’enregistrement des données, échange systématique d’information…) restent sans effet dans la plupart des cas ?

Comment se fait-il que des États au sein même de l’UE s’avèrent incapables de coordonner les actions de leurs services respectifs et décident unilatéralement d’édifier des barrières le long de leurs frontières communes ?
Pourquoi la question centrale des relations de l’UE avec les pays frontaliers des zones de départ des migrants/réfugiés (ex : Turquie/Liban...) est-elle laissée à la gestion diplomatique bilatérale de l’un ou l’autre État membre (notamment Allemagne et France) dont les représentants se succèdent dans les capitales de ces pays ? Et pourquoi ces réalités ne relèvent-elles pas de la diplomatie européenne ?

La faute à « Bruxelles »

De fait, l’opacité, l’inefficacité et, finalement, l’échec de la gestion intergouvernementale de ces situations dramatiques deviennent ceux de « l’Europe », résumée à « Bruxelles » alors que les gouvernements en sont principalement responsables. Gouvernements qui semblent plus concernés par leur image auprès de leurs opinions respectives, voire par leurs rivalités politiques internes, que par la solution globale du problème. La politisation du débat, entre les États membres comme au sein de ceux-ci, entrave ainsi la résolution du problème et s’ajoute injustement au passif de l’Europe.

Établir clairement et publiquement les responsabilités des uns et des autres dans cette affaire ne suffirait certainement pas à régler les problèmes. Mais n’en est-ce pas le préalable indispensable pour préciser qui fait quoi afin que chacun assume enfin ses responsabilités face aux opinions publiques européennes.

Le coût du non-respect de Schengen

Un rapport de « France Stratégie » démontre que le retour aux contrôles fixes et permanents aux frontières dans l’espace européen aurait des conséquences négatives pour les libertés de circulation : les travailleurs frontaliers, les touristes non européens visitant plusieurs États membres de l’Union européenne, le trafic routier de marchandises… Le coût direct pour la France est évalué à un ou deux milliards d’euros. La moitié de ce coût s’explique par une baisse de la fréquentation touristique, 38 % par l’impact des travailleurs frontaliers et 12 % par les réductions de transport de marchandises.

Pour les 26 États membres de l’espace Schengen, la conséquence serait de l’ordre de 0,8 point de PIB soit de 100 milliards d’euros, sans compter la perte de liberté de mobilité pour les populations et une réduction des investissements directs.

Jean-Pierre Bobichon

Pour en savoir plus :

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