Action internationale


« De la crise grecque à la crise de l’euro » (bis)


Il y a quelques mois, nous nous interrogions sur l'impact de la crise grecque. Aujourd'hui, l'évidence est là. Les plans de rigueur se multiplient. Les hésitations européennes ont accru le climat d'incertitude.

L’Europe à la manœuvre ! Le programme d’aide à la Grèce a été laborieux : hésitations de la Chancelière allemande, volonté de sanctionner pour les chiffres volontairement erronés de la Grèce, et Commission assez peu à l’initiative. Finalement, un dispositif d’aide a été adopté. La Grèce a reçu une première tranche d’aide.

Cela n’a pas empêché une spéculation financière sur les marchés financiers touchant plusieurs pays. L’effet domino se précisant, le problème posé n’était plus seulement celui de l’endettement excessif de la Grèce mais la stabilité de la zone euro.

Les chefs d’État et de gouvernement ont donc adopté un « mécanisme européen de stabilisation financière ». Ce plan représente des sommes colossales : 440 milliards pour le Fonds de stabilisation, 60 milliards de prêts émanant du budget européen, 250 milliards de prêts du FMI. Les 440 milliards de garanties ne seront mobilisables qu’en cas d’absolue nécessité.

Les mouvements de yoyo ont pourtant repris sur les places boursières. « Toutes les mesures n’ont pas été prises dans plusieurs pays fragilisés, comme l’Espagne et le Portugal », est-il dit. Dans cette crise, la régulation est à juste titre interpellée. Est-elle suffisante par rapport aux innovations financières ? Est-elle suffisante dans son champ, ses normes, ses procédures, son organisation ?

La Commission s’efforce d’avancer en publiant un texte sur la gouvernance économique et un autre sur le fonds de résolution des défaillances bancaires. Sur le second aspect, deux propositions majeures guident les propositions de la Commission : la création d’un fonds de résolution ex ante financé par un prélèvement sur les banques, et l’application au secteur financier du principe « pollueur payeur ».

L’euro en danger

A l’évidence la crise grecque est devenue une crise de l’euro. Celui-ci a frôlé le précipice. L’euro a été créé pour maîtriser l’inflation, garantir de faibles taux d’intérêt, éliminer des coûts de transactions et des fluctuations des cours de change. Pourtant certains boutefeux imaginent une sortie de l’euro pour tel ou tel pays. Une telle hypothèse est évidemment complètement irresponsable.

La fin de l’euro coûterait cher à tous. Elle écornerait le projet européen et affaiblirait la place de l’Europe sur la scène financière internationale.

Le réel problème de l’euro est qu’il n’existe pas à côté du « pilier monétaire », un pilier économique. Ce pilier agirait sur les écarts de compétitivité et l’harmonisation fiscale. Il ferait de l’emploi et de la réduction des déficits des sujets prioritaires. Il améliorerait la régulation financière.

Ce défi est majeur. Il n’est pas inatteignable. Mais il nécessite une volonté politique qui, au niveau européen, semble aujourd’hui faire défaut. Pour répondre à « la dictature des marchés » la mise en place de « plans d’austérité » prévaut (voir tableau).

Les gouvernements d’Europe doivent prendre conscience qu’on a changé de monde et d’époque. Plus rien n’arrêtera le développement de la Chine, de l’Inde ou du Brésil. La mondialisation peut aussi être source d’opportunités. Il y a donc urgence à refonder un projet européen qui soit porteur d’avenir.

Jean-Pierre Moussy

Les plans d’austérité

Annonces de mai et juin.

Espagne Ramener le déficit public de 11,2 du PIB en 2009 à 3% en 2013.
France Ramener le déficit public de 8,2% en 2010 à 3% en 2013.
Grèce Ramener le déficit public de 14% du PIB aujourd’hui à 3% d’ici 2014.
Italie Ramener le déficit public à moins de 3% d’ici 2012 (économiser 24 milliards soit 1,6% du PIB).
Portugal Ramener le déficit public de 9,4% en 2009 à 4,6% en 2011 puis sous les 3% en 2013.
Royaume-Uni 7,2 milliards d’économies.
Allemagne Ramener le déficit public sous 3% en 2013, économies de 80 milliards d’euros sur 4 ans.