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Des jardins ouvriers aux jardins familiaux


Au cours du XIXe siècle, sur fond de violentes mutations sociales, sont nés « les jardins ouvriers ». Deux siècles plus tard, sous de nouvelles dénominations, les « jardins familiaux », « partagés », connaissent un engouement toujours plus grand.

Lutter contre la misère

Les jardins ouvriers font leur apparition avec la révolution industrielle du XIXe siècle. Les travailleurs des manufactures vivent dans la misère et l’octroi de parcelles de terre va leur permettre de se nourrir. Les « Clos des pauvres » apparaissent en Angleterre dès 1819 puis en Allemagne en 1830.

En France, les deux composantes à l’origine des jardins ouvriers sont le paternalisme et le catholicisme social. Les premiers jardins voient le jour en 1848, dans les Ardennes, grâce à la Conférence Saint-Vincent-de-Paul. Puis, en 1893, Félicie Hervieu, une femme d’industriel de Sedan, souhaite remplacer ses aumônes par une œuvre plus pérenne et elle alloue des parcelles de terre à des familles ouvrières. En lisant le récit de cette expérience dans un journal, un prêtre, le père Volpette, reprend l’idée à Saint-Etienne. Dans cette grande ville manufacturière des dizaines de milliers d’ouvriers vivent de manière précaire dans des taudis. L’abbé Volpette se fait donner de nombreux terrains qu’il octroie aux familles nécessiteuses et devant le succès, ses réalisations essaiment dans d’autres villes.

Mais celui qui va inscrire durablement dans la loi le jardin ouvrier est l’abbé Lemire (1853-1928). Député durant trente-cinq ans dans le nord industriel et minier, il se bat pour améliorer la condition ouvrière. Il inscrit sa démarche dans le cadre du catholicisme social que le pape Léon XIII impulse, en 1891, avec l’encyclique Rerum novarum. Parmi les luttes de Lemire, on trouve le jardin ouvrier qui, selon ses paroles, procure un air sain, améliore l’apport alimentaire, éloigne du cabaret et de l’alcoolisme, encourage les activités familiales et assure la paix sociale. Pour développer les jardins, il crée en 1896 La Ligue Française du Coin de Terre et du Foyer.

Les jardins familiaux et partagés

Les jardins ouvriers n’ont pas disparu avec le XXe siècle, ils ont même connu une extension sans précédent pendant les deux guerres mondiales en raison des pénuries alimentaires.

Depuis 1952, les « jardins ouvriers » sont devenus « jardins familiaux » et l’association fondée par Lemire a une nouvelle dénomination : Fédération nationale des jardins familiaux et collectifs. Elle encadre l’activité : les jardins sont gérés par des associations loi de 1901, ils sont destinés aux besoins d’une famille à l’exclusion de tout usage commercial. Leur fonction est sensiblement différente des jardins d’origine. Subsiste bien sûr l’objectif économique. Mais les jardins familiaux répondent aussi au besoin d’une nourriture plus saine, d’espaces verts en milieu urbain. Ils valorisent des lieux impropres à la construction et sont le point d’ancrage d’une nouvelle vie sociale.

Ils se sont aussi diversifiés. Il existe des « jardins d’insertion » pour les personnes en situation d’exclusion, avec la possibilité de commercialiser les produits. Dans beaucoup de grandes villes se développent aussi les « jardins partagés » où l’essentiel est moins le jardinage que le lien social qu’ils génèrent.
Ainsi, en deux siècles, le jardin « ouvrier », « familial », ou « partagé », continue de faire sien le mot de l’abbé Lemire : « Les plantes nourrissent, réjouissent, guérissent. »

Françoise Berniguet