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Baromètres des discriminations ressenties au travail


Comme ils le font depuis 10 ans maintenant, le Défenseur des Droits et le Bureau de l’OIT pour la France publient leur baromètre annuel mesurant les discriminations ressenties au travail. Si le niveau de ces dernières reste relativement stable, le travail est un des domaines où elles sont le plus répandues en France.

Depuis leur premier baromètre, les deux organisations initiatrices de cet exercice annuel ont voulu balayer l’ensemble des discriminations ressenties au travail, tant dans le secteur privé que le secteur public. Chaque année a permis d’étudier de nouvelles causes de discrimination. Les motifs ne sont pas figés une fois pour toutes et hélas l’actualité nous en montre régulièrement de nouveaux.

Si comme chaque année le baromètre a eu pour but de redonner une vision d’ensemble du ressenti des personnes interrogées et, à travers elles, de la population active, ses commanditaires ont voulu pour cette dernière version, l’éclairer en mettant en exergue des populations spécifiques.

L’âge premier motif de discrimination

Quelques chiffres suffisent pour montrer l’ampleur du phénomène ressenti. Si les contrôles de police sont perçus souvent et très souvent comme discriminatoires dans le monde professionnel par 50,1 % des interrogés, 47 % ressentent souvent et très souvent des discriminations lors de la recherche d’un emploi et 32,8 % dans le déroulement de la carrière professionnelle.

L’âge arrive en premier des motifs de discrimination suivi par le sexe, au détriment des femmes ce qui ne surprendra personne, de l’origine, du handicap ou l’état de santé et de la conviction religieuse.

Généralement on distingue les discriminations successives où chacune d’entre elles n’aggrave pas la précédente et les discriminations cumulatives qui s’ajoutent les uns aux autres. Enfin la discrimination inter-sectionnelle qui nous explique le rapport « suppose que différents critères interagissent ensemble d’une manière telle qu’ils sont inséparables ». Dans ce cas les différents motifs de discrimination donnent une nouvelle forme de discrimination qui ne peut se réduire à la somme des discriminations initiales. Pour l’illustrer, l’étude propose l’exemple d’une femme algérienne qui se voit refuser un poste de caissière par crainte qu’elle ne vienne voilée à son travail.

Les femmes enceintes ou mères cibles de discriminations

Pour approfondir leur étude, les sondeurs ont envisagé trois situations très spécifiques : les femmes et le « spectre » de la maternité, les effets spécifiques de l’âge et de l’origine au sein de la population masculine, et les personnes ayant un handicap ou une maladie chronique ou durable. Au cours des cinq dernières années, les femmes actives de 18 à 44 ans qui ont été enceintes ou mères d’un enfant en bas âge ont été deux fois plus la cible de discriminations que les autres précise le rapport.

Par ailleurs si les hommes peuvent faire figure de privilégiés en matière de discrimination par rapport aux femmes, ils ne représentent pas un groupe homogène. En réalité le critère de l’âge se combinant avec celui de l’origine, triple le nombre des discriminations vécues dans l’emploi.

Enfin l’étude montre que si le handicap multiplie par trois la probabilité de discrimination, et constitue un caractère aggravant vis-à-vis des autres motifs de discrimination, tous les groupes sociaux présentant un handicap ou souffrant d’une maladie chronique ou durable sont susceptibles d’être discriminés de la même façon.

Ces résultats, dont on pourra trouver les détails sur les sites du Défenseur des Droits ou du Bureau de l’OIT pour la France, appellent une action vigoureuse des pouvoirs publics mais également des partenaires sociaux, comme l’indiquent en conclusion les auteurs de la synthèse du baromètre. On ne peut qu’être d’accord avec cette recommandation. J’ajouterai que si certaines discriminations sont plus nombreuses, plus visibles que d’autres, toutes doivent être combattues également.

Jean-Pierre Delhoménie