Action internationale


Doha : une petite victoire


Jean Merckaert, chargé des questions de financement du développement au CCFD Terre Solidaire revient de la conférence des Nations unies sur le financement du développement qui s'est tenue à Doha (Qatar) du 29 novembre au 2 décembre.

Fil Bleu. Quels enjeux pour cette
conférence ? A-t-elle débouché sur
des décisions précises ?

Jean Merckaert. Avec la crise
financière, la conférence de Doha a pris
une dimension particulière : les pays
riches allaient-ils se détourner encore
un peu plus de leurs engagements en
faveur du développement alors que
les populations les plus pauvres en
seront les principales victimes ?

Nicolas Sarkozy venu réaffirmer, en coup de
vent, la solidarité de l’Union européenne
à l’égard de l’Afrique, n’a pas convaincu.
Car les chiffres parlent d’eux-mêmes.

La France, par exemple, a d’ores et déjà
renoncé à financer 45 projets sociaux
et d’infrastructures pour 2008-2009,
essentiellement en Afrique. Elle ne
sera pas non plus au rendez-vous de
l’engagement européen de consacrer
0,56% du PIB à l’aide en 2010, puisque
les prévisions prévoient 0,41%.

Le plus dur commence

La course au profit mène notre monde
dans l’impasse. Nous nous sommes
indignés qu’à l’heure de refonder
le système financier international,
le G20 prenne les
manettes et laisse
les pays pauvres
à la porte. Sur ce
point, la déception
est grande. Pour
l’administration
Bush, la conférence
de Doha constituait un baroud d’honneur
pour museler encore un peu plus les
Nations unies.

L’Union européenne
cherchait surtout à faire valoir ses
mérites et à éviter que la conférence
ne débouche sur des décisions trop
novatrices.

Quant au G77, qui regroupe
près de 150 pays en développement, il
ne défend pas forcément les populations
les plus démunies. La Chine, l’Inde et
le Brésil y ont un poids démesuré. Les
paradis fiscaux et les dictatures aussi.

Au total, le G77 prend facilement une
posture de victime pour mieux refuser
toute responsabilité. À l’évidence, le
sort des populations les plus pauvres
n’est pas le baromètre de l’architecture
fi nancière mondiale à venir.

Un sujet clé a cependant avancé à Doha.
L’Onu a reconnu, pour la première fois,
qu’on ne financera pas le développement
sans s’attaquer à la fraude fiscale dans
les pays pauvres qui coûte chaque année
entre 350 et 500 milliards de dollars aux
pays du Sud. C’est plus de cinq fois le
montant de l’aide qu’ils reçoivent des
pays riches.

C’est une petite victoire qui
ne plaira ni aux multinationales, ni aux
paradis fiscaux. Le plus dur commence.