Action internationale


Droits syndicaux : violations persistantes


La Confédération internationale des syndicats a publié en juin dernier son rapport 2011 sur la violation des droits syndicaux dans 143 pays. Sa lecture n'offre, à l'instar des années précédentes, rien de bien rassurant pour ce qui est des libertés syndicales.

Le rapport offre un triste bilan, à l’image d’une planète où les inégalités sociales règnent en maitre, marquée de crise économique, de montée des régimes autoritaires et de multiplications de conflits armés locaux. Quelques exemples se révèlent à eux seuls édifiants.

Un printemps confisqué

Le printemps arabe de 2011 a suscité de grands espoirs en faveur d’une avancée des libertés tant individuelles que collectives notamment au travers des mobilisations massives survenues en Egypte et en Tunisie.

Hélas l’espérance soulevée n’a pas eu les effets attendus. Les syndicalistes en ont rapidement payé le prix fort. Ainsi la fin de 2011 a été marquée en Egypte par un retour à la répression contre les grévistes et la persécution de responsables syndicaux. En Tunisie, l’UGTT a été l’objet d’une campagne de dénigrement accusée de « nuisance préméditée à l’économie nationale et de complot contre le nouveau gouvernement ».

L’Algérie a, quant à elle, réagi à la recrudescence du mouvement social par une forte violence policière. D’une façon générale on retrouve un net climat anti syndical dans l’ensemble du Moyen-Orient. Et même si certains despotismes sont tombés, l’heure est clairement au désenchantement.

Syndicalisme assassiné

Être syndicaliste reste un exercice des plus dangereux dans de nombreux pays. Certains régimes continuent à avoir recours à la panoplie complète de l’arsenal anti syndical : licenciements, menaces, intimidations, utilisation de milices, répression policière, détentions arbitraires, torture, allant même jusqu’à l’assassinat.

Sans compter les victimes dénombrées lors de manifestations pacifiques revendiquant des droits nouveaux, 76 syndicalistes ont perdu la vie en 2011 soit en étant directement ciblés soit lors de répressions policières. La Colombie et le Guatemala avec respectivement 29 et 10 victimes restent les tristes leaders de ces pratiques qui de plus s’exercent en toute impunité.

Mais ils sont loin d’être isolés dans de tels agissements que l’on retrouve au Bangladesh, au Honduras ou encore aux Philippines. Si l’Europe échappe au pire en ce domaine, elle est loin d’être exempte de graves violations de droits fondamentaux à l’image de ce qui se passe au Belarus ou en Géorgie.

Un profond désir de liberté

En dépit de ce piètre bilan, une évidence apparaît. Malgré l’ampleur des mesures répressives engagées, une soif inextinguible de liberté monte de toutes parts, notamment des lieux où existent les pires exactions. Au-delà des gigantesques et médiatisées manifestations du printemps arabe, d’autres initiatives de masse en faveur des libertés se sont multipliées que ce soit sous forme de démonstrations pacifistes de masse ou de grèves et ce malgré les risques encourus.

Une situation attestant du courage et de la détermination des militants syndicaux et des travailleurs lassés de leur surexploitation. Malheureusement cela s’est le plus souvent soldé par des répressions brutales comme en Afrique du Sud, au Bahreïn, en Chine, en Inde, en Iran, en Indonésie ou au Pakistan.

Si la vague montante de répression à l’encontre du syndicalisme n’a pu endiguer la quête croissante d’espaces de liberté notamment syndicale, la situation reste des plus fragiles. D’ores et déjà on pressent un bilan 2012 préoccupant marqué entre autres par le récent massacre des mineurs de Marikana en Afrique du Sud.

Jean-Paul Rueff

La police sud-africaine a ouvert le feu, mi-août sur un groupe de mineurs en grève de la mine de platine de Marikana (nord-ouest de l’Afrique du Sud). Ils réclamaient des augmentations de salaires. Plus de trente personnes ont été tuées.