Actu revendicative


Du stock de charbon au flux du gaz


Le charbon domine le XIXe siècle grâce à sa capacité à produire de la chaleur en quantité et de l'énergie mécanique capable de faire tourner un arbre. Ce tournant marque une rupture radicale. Mais il a quelques faiblesses lourdes et bien plus irréversibles que la prise de la Bastille.

Cet article est la suite de : La révolution à vapeur

Grâce au charbon et à la machine à vapeur, le monde se « rétrécit ». Les explorateurs découvrent. Les administrateurs coloniaux arrivent, précédés ou suivis par les missionnaires (chrétiens et musulmans) qui se font concurrence pour apporter la bonne parole. Ils seront suivis, plus tard par les adeptes de Marx. La Grande-Bretagne, origine du bouleversement, prend implicitement la décision de se nourrir sur son empire.

Mais le charbon a cependant quelques faiblesses. C’est une énergie solide que l’homme doit aller chercher au fond de la mine et remonter. Et faire de même de la cave à l’appartement bourgeois urbain (Ah le seau à charbon du vide grenier !) puis descendre les cendres. Il faut le pelleter dans la chaudière fixe (usine) ou mobile (locomotive et bateau). Par ailleurs son usage dans l’industrie reste centralisé, induisant la création de grosses unités de production.

Régulièrement des accidents dramatiques se produisent dans les mines, dus le plus souvent à des explosions de méthane. C’est le « coup de grisou » disait-on à l’époque. Le charbon ne résout pas non plus la question des transports locaux qui restent hippomobiles, y compris pour la distribution domestique du charbon. Il ne remplace pas les chandelles et les bougies pour l’éclairage. Le charbon ne manque pas mais il faut lui trouver de nouvelles formes de valorisation pour développer des nouveaux marchés.

Effet de contagion

Le principal défaut du charbon est d’être un caillou. Comment le transformer en quelque chose de plus commode ? Plusieurs voies se présentent alors. Première recherche : transformer le charbon en un liquide que l’on pourrait distribuer plus facilement dans les villes et les usines. Cette première voie sera obsolète dès l’apparition du pétrole, mais sera exploitée pendant la seconde guerre mondiale en Allemagne qui n’a pas d’accès facile au pétrole mais doit alimenter ses machines de guerre terrestres, aériennes, marines et sous-marines (les coûts devenant second en économies de guerre).

Autre piste : fabriquer un gaz. Ce produit contient majoritairement de l’oxyde de carbone (CO et non CO2) et résulte d’une combustion imparfaite du charbon. Ses inconvénients : la fameuse odeur de gaz que nous reconnaissons tous. Mais surtout sa dangerosité : il est mortel d’une façon douce et va conduire à de nombreux suicides grâce à la gazinière (parfois louée par les distributeurs) et il va bientôt s’afficher « à tous les étages ». Ses avantages sont nombreux à commencer par une alimentation directe à un robinet et ne laisser aucune scorie.

Mais le gaz va surtout permettre la création de nouveaux emplois. Qu’on en juge plutôt : les chauffeurs de fours (durée de vie limitée…), les allumeurs de réverbères, car l’éclairage public devient l’un des symboles de la modernité en diminuant (?) l’insécurité en ville, les vendeurs de poêles, de chauffages et de cuisinières à gaz. Ces derniers doivent rentabiliser les investissements de production et de création de réseaux souterrains de distribution. D’abord, bien sûr, dans les quartiers aisés, en comptant sur l’effet de contagion et de diffusion dans les classes moyennes d’un nouveau mode de vie.

C’est l’électricité qui va l’apporter. Mais comment la produire ? À suivre…