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Ève-Marie, professeure retraitée aux côtés des migrants


Depuis dix ans, des réfugiés affluent sur les côtes du Nord et du Pas-de-Calais. Ève-Marie Dubiez, de l’UTR des Deux Flandres fait partie des bénévoles présents auprès des migrants du camp de Grande-Synthe. Témoignage.

Entre 5 000 à 6 000 personnes en attente d’un passage pour l’Angleterre campent actuellement à Calais, dont environ 800 à Grande-Synthe, à moins de 40 km de Calais. « Il y a beaucoup de jeunes célibataires mais aussi des familles et des mineurs isolés. Essentiellement, des Irakiens, des Syriens, des Afghans et des Érythréens, explique Ève-Marie Dubiez. Ces migrants fuient car ils sont menacés par Daesch ou leur gouvernent. C’est le cas pour les Kurdes d’Irak, d’Iran et de Syrie. »
Au début de l’année 2016, le camp de migrants de La Linière, à Grande-Synthe, a remplacé le camp de fortune totalement insalubre. « L’hiver dernier, on devait marcher sur des planches, à cause de la boue », raconte Ève-Marie. Le nouveau camp, construit par Médecins sans frontières (MSF) aux normes du Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies, peut accueillir 1 500 personnes. Depuis, il est géré par l’AFEJI, une association d’éducation et d’insertion dunkerquoise, avec l’aide de nombreuses associations.

Redevenir quelqu’un

Au départ, Ève-Marie a été sollicitée par des amis pour venir en aide aux 250 migrants de Téteghem, non loin de Grande-Synthe. « Quand le camp a été démantelé suite à une demande du maire, nous avons proposé notre aide au camp Barock qui fera place à La Linière », explique la retraitée de la SSR FEP. L’ancienne professeure d’anglais enseigne la langue de Shakespeare aux jeunes migrants. « Mais depuis le Brexit, ceux-ci hésitent à partir. Notre gouvernement les pousse à solliciter l’asile. Ils sont dans un entonnoir, à la recherche d’un parent ou d’un Eldorado de plus en plus mythique. »
Parmi les tâches assurées par Ève-Marie et les bénévoles des associations beaucoup sont dévoreuses de temps : sécurisation des entrées et sorties du camp « pour arrêter les passeurs en quête de clients ou de business », surveillance de la ligne de chemin de fer et de l’A 16 de part et d’autre du camp car « les jeunes ont perdu tout sens du danger ». Enfin, il y a l’entretien du camp après des inondations récentes, des abris à reconstruire et à repeindre… « J’assume quand c’est nécessaire mais je suis plus à l’aise pour apprendre le français et l’anglais », reconnaît la militante CFDT. Et d’ajouter : « À Grande-Synthe comme à Calais, c’est une vie internationale, souvent ignorée des villages voisins, de réfugiés impatients de redevenir quelqu’un, quelque part. »

Jean-Pierre Druelle

Signez et faites signer la pétition de la CFDT – France Terre d’Asile en faveur des mineurs isolés coincés dans la région de Calais : www.cfdt.fr/portail/actualites/societe
Selon Eve Marie, « Les jeunes ont perdu tout sens du danger. »