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François Chérèque, héraut anti-pauvreté


La mort de François Chérèque n'a pas seulement affecté le monde du travail. Elle a également constitué une onde de choc dans le champ de la lutte contre la pauvreté. L'ancien syndicaliste avait été chargé par le gouvernement de suivre l'avancée du plan quinquennal sur cette question. Une mission qu'il avait assumée avec passion et conviction. Témoignages.

Nous reprenons un article paru le 4 janvier dans TSA (L’actualité de l’action sociale), quotidien par internet auquel la CFDT Retraités est abonnée. Comme cet article n’est pas public nous ne pouvons vous renvoyer vers TSA pour le lire.
Ce sera notre manière de rendre hommage à François Chérèque dont nous avons suivi (et relaté dans notre presse) l’action dans le cadre du plan de lutte contre la pauvreté qu’il était chargé de suivre.

« François représentait une autorité morale, capable de faciliter la mobilisation de tous en faveur de la lutte contre la pauvreté. » Quelques heures après l’annonce de la disparition de François Chérèque emporté par une leucémie, Simon Vanackere, de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), est encore sonné par cette nouvelle. Pendant un an, en 2013, il a travaillé avec l’ancien syndicaliste pour évaluer l’avancée du plan quinquennal anti-pauvreté lancé par le gouvernement en janvier de cette même année et présenter un premier bilan début 2014 (lire notre article).

« La marque des grands »

Il ne tarit pas d’éloges sur les qualités humaines de celui qui, après avoir quitté les plus hautes fonctions à la CFDT, avait été nommé à l’Igas pour suivre ce grand chantier du quinquennat de François Hollande. « Entre nous régnait une très bonne entente et ce malgré notre grande différence d’âge et d’expérience », raconte Simon Vanackere, très jeune inspecteur. « Nous avions des profils très différents : François avait, pour lui, sa vision des politiques sociales, son sens du terrain et il a également endossé avec détermination et enthousiasme le rôle d’inspecteur en charge d’évaluer une politique. C’est la marque des grands de faire oublier qui ils sont et de pouvoir parler aussi bien à un Premier ministre, à un collègue qu’à une personne rencontrée sur un quai de gare ».

Fils de ministre, éduc’ spé’ et syndicaliste

A maints égards, l’itinéraire de François Chérèque était singulier. Ce Lorrain, fils de Jacques, ancien syndicaliste (n°2 de la CFDT) et ancien ministre de Michel Rocard, s’était orienté vers la voie du travail social, avec une formation d’éducateur spécialisé et une installation en Provence. Il était ensuite « monté » à Paris pour devenir le secrétaire général de la fédération Santé-sociaux de la CFDT. Laquelle a salué, dans un communiqué, un « homme intègre, soucieux de l’intérêt général mais proche de chacun, à l’écoute de la vie au travail des professionnels ». La fédération cite quelques combats qu’il avait conduits entre 1996 et 2002 : négociation sur les 35 heures, professionnalisation des métiers de l’aide à domicile, convention collective unique du secteur lucratif.

Il a fait bouger beaucoup de choses

Après son départ du secrétariat général de la CFDT, en 2012, il avait donc intégré la haute fonction publique en devenant inspecteur Igas, juste au moment où le grand chantier de la lutte contre la pauvreté avait vu le jour, pour mettre en oeuvre un engagement du candidat Hollande obtenu suite à la mobilisation du réseau Alerte.

« La disparition de François Chérèque est un grande perte pour nous », estime son porte-parole actuel François Soulage. « Il a fait bouger beaucoup de choses, notamment en amenant la territorialisation du plan. C’est à partir de son intervention que les choses ont commencé à évoluer, par exemple en Paca, en Bretagne et dans les Pays-de-la-Loire. Quand il s’est mis un peu en retrait [à la mi-2015, NDLR] pour lutter contre sa maladie, on a constaté un ralentissement de l’avancée des dossiers. »

Manque de portage politique

Selon François Soulage, le statut de François Chérèque souffrait d’une ambiguïté. « Il était chargé d’évaluer l’avancée du plan qu’il soutenait à titre personnel. En l’absence d’un vrai portage politique, surtout après le changement de Premier ministre, il s’est trouvé obligé de porter ce plan. Je pense qu’au moment de sa maladie, il a eu le sentiment d’avoir été un peu manipulé par le gouvernement. Il s’est alors davantage consacré à son travail à la tête de l’agence du service civique ».

Combat contre les inégalités

Autre acteur de premier plan, Etienne Pinte, le président du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté (CNLE), salue l’apport de François Chérèque pour qui il avait « beaucoup d’estime et d’admiration ». Lui aussi estime que l’inspecteur Igas a permis de décliner localement ce plan national. « Chaque année, nous confrontions nos deux visions de l’avancée de cet engagement présidentiel. En général, nous avions des vues convergentes, sauf sur certains dossiers comme l’hébergement d’urgence et le logement où nous étions beaucoup plus critiques que lui. » Et quand François Chérèque s’est éloigné de ce dossier en 2015, le gouvernement a dû se fier davantage au bilan établi par le CNLE afin de mesurer l’avancée du plan anti-pauvreté. Comme quoi l’ancien secrétaire général de la CFDT était identifié, dans les dernières années de sa vie, à ce combat pour faire reculer les inégalités.

Monsieur service civique

L’autre cheval de bataille de François Chérèque a été la promotion du service civique. Remplaçant Martin Hirsch à partir de début 2014, il avait impulsé une vraie dynamique pour répondre à l’objectif gouvernemental d’en faire un outil au service de l’engagement citoyen des jeunes. Dans un communiqué, les collaborateurs de l’agence (passés de 20 à 80) ont rendu un vibrant hommage à ce « président visionnaire » : « Nourri de son travail concomitant sur le plan pauvreté et de son expérience d’éducateur spécialisé, il était particulièrement exigeant sur l’accès de tous les jeunes à des missions de service civique enrichissantes pour eux et pour les autres. »

Recherche du juste

C’est surtout dans ce cadre que Jean-Patrick Gille a été amené à le côtoyer. « Je l’avais déjà rencontré en tant que député lorsqu’il était à la tête de la CFDT. Plus tard, je l’ai croisé en tant que président de l’Union nationale des missions locales (UNML) dans la mesure où notre réseau accueille de nombreux volontaires du service civique. » Ce que l’homme politique retient de cette personnalité attachante, c’est cette « recherche du juste ». « On sentait chez lui qu’il était dans l’interrogation et dans la volonté de construire quelque chose en partant des problèmes rencontrés par les gens. » Sur sa personnalité, le député socialiste rajoute un point sans doute essentiel : « Il n’était pas dans la séduction. Il avait une vraie réticence par rapport à cette attitude que je rencontre si souvent », glisse J.-P. Gille. Une impression que François Soulage corrobore : « Au début, je l’avais trouvé un peu distant. Il ne voulait pas entrer en connivence. Mais une fois qu’on l’avait accroché, il vous écoutait vraiment. Il ne restait pas à la surface des choses. »

Noël Bouttier

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