Notre activité


Frédéric Sève : la retraite fait rêver et inquiète


Si les salariés et les retraités attendent une sécurité financière du système de retraite, pour autant les règles de solidarité doivent être préservées. Le secrétaire national de la CFDT chargé des retraites Frédéric Sève répond à nos questions sur les résultats de la grande enquête de la CFDT appelée « Parlons Retraites ».

1. Plus de 120 000 réponses à l’enquête « Parlons Retraites » ! Quels en sont les principaux enseignements ?

Un premier enseignement est que la retraite est à la fois quelque chose qui fait rêver et un sujet d’inquiétude. Synonyme d’une « vie plus libre », la retraite suscite néanmoins des inquiétudes : peur de manquer d’argent, peur pour sa santé. La retraite est considérée comme une conquête sociale, mais d’autant plus fragile qu’elle est précieuse.

Les règles de solidarité qui fondent notre système de retraite sont massivement approuvées. Près de 80 % des répondants se disent fiers de payer la retraite de leurs aînés. L’idée qu’il faut baser les pensions sur les cotisations, mais en prenant en charge les périodes non travaillées (chômage, maladie…) est également approuvée. La prise en compte de la pénibilité et des carrières longues, acquis de la CFDT, sont plébiscitées. Il n’y a pas d’individualisme ou d’égoïsme, malgré les discours alarmistes ou critiques sur notre système de retraite.

Un autre enseignement : le lien entre la qualité de vie au travail et la qualité de vie à la retraite. Ceux qui se sentent bien au travail sont aussi ceux qui sont le plus optimistes quant à leur future retraite. Ceux qui ont un travail pénible ou qui leur apporte peu de satisfaction sont généralement plus pessimistes. On pouvait croire que la retraite serait d’autant plus rêvée ou désirée que le travail est rejeté. En fait la retraite est imbriquée dans la vie active, elle en est le prolongement.

2. En quoi les résultats de l’enquête vont-ils peser dans la concertation sur la réforme des retraites ?

L’intérêt et l’originalité de notre enquête sont d’avoir pu capter, sur un sujet très (et souvent mal) médiatisé, les attentes profondes des répondants. Ces résultats nous permettent de montrer qu’il y a dans ce pays un consensus assez fort sur des règles de fonctionnement, et sur ce que doivent être les objectifs d’un système de retraite au XXIe siècle. Il n’y a pas de différence majeure entre le public et le privé. L’idée de la CFDT que la retraite est un bien commun, qu’il faut construire et défendre tous ensemble, est très largement partagée. Cela rabat le caquet à ceux qui veulent toujours opposer fonctionnaires et salariés, jeunes et seniors.

En explorant ce que les répondants attendent du système de retraite, on voit qu’ils ont beaucoup plus d’imagination que les technocrates ! S’il y a une demande de sécurité (financière) pour la retraite, il y a aussi une demande de liberté pour vivre pleinement ce temps-là, pour organiser le passage du travail à la retraite, voire pour articuler les deux en même temps. D’où l’importance de la création de droits nouveaux : retraite progressive, compte épargne temps…

3. Les retraités ont été invités à participer à l’enquête. Que peut-on retenir de leurs témoignages ?

Tout d’abord, les retraités disent majoritairement que leur pouvoir d’achat a baissé depuis leur départ à la retraite. Les mesures prises avant l’enquête, notamment en matière de fiscalité, ont évidemment pesé sur la perception des retraités.

Mais le plus frappant, c’est peut-être la similitude des opinions des retraités et des actifs sur la retraite, aussi bien pour valoriser ce temps de la vie pour soi que pour plébisciter la répartition, les solidarités face aux aléas de la vie, ou se préoccuper des inégalités entre femmes et hommes. Il n’y a pas de fossé entre générations, c’est la plus belle réussite de notre système de retraite.

Frédéric Sève

Frédéric Sève, secrétaire national de la CFDT.