Action internationale


Georges Mink : Les pays de l’Est sont les plus fervents partisans de l’Europe


Georges Mink, directeur de recherche à l'ISP-CNRS, a été conseiller de la CFDT pour les questions polonaises dans les années 80. Entre 2001 et 2003, il dirige le Centre français de recherche en sciences sociales de Prague. Il est aujourd'hui enseignant à Sciences Po Paris et au Collège de l'Europe. Spécialiste des systèmes sociaux et politiques de l'Europe centrale, il est auteur de nombreux ouvrages, et en a dirigé plusieurs autres, dont le dernier, « l'Europe et ses passés douloureux » (La Découverte).

Comment as-tu vécu la chute du mur de Berlin ?

Georges Mink. J’étais à ce moment-là à Berlin. Chaque nuit j’étais interrogé par téléphone par France Info. J’étais persuadé que les Allemands de l’Est étaient encore dans l’idée d’un socialisme à visage humain, comme si l’Allemagne de l’Est était différente de la Pologne ou de la Hongrie.
J’étais sous l’effet du démontage du mur et je pressentais que tout cela allait bien plus loin. Dans mon esprit, c’était l’aboutissement d’un long processus ouvert par Solidarnosc et les tables rondes polonaise et hongroise, ainsi que l’acte d’ouverture des barbelés à la frontière hongaro-autrichienne.

Comment analyses-tu les transformations engagées après la chute du mur ?

Les vingt dernières années ont apporté du bon et du moins bon. L’essentiel est dans la construction du système démocratique qui permet aux gens d’exprimer leur opinion et d’influencer électoralement le processus politique. Tous ces pays partaient de très bas. Les ravages du soviétisme étaient à peine imaginables. Les efforts demandés aux populations ont fini par en décourager plus d’un.
Sur ce terreau sont apparus des démagogues prônant des idéologies radicales à coloration populiste. Ils dirigent les mécontents vers des solutions extrêmes et utilisent les nouvelles inégalités pour affaiblir les nouvelles démocraties. Ces dernières sont, cependant, suffisamment consolidées pour y résister.

Quelle est ton opinion sur « élargissement » ou « approfondissement » de l’Union européenne ?

Le dilemme élargissement/approfondissement est devenu un faux débat dès l’instant où les pays en voie d’adhésion ont satisfait à la conditionnalité de l’acquis communautaire. Aujourd’hui on voit qu’y compris face à la crise, les nouveaux membres ne tirent pas l’Europe vers le bas. Tout au plus, ils ont les mêmes problèmes. Certains se débrouillent même mieux que d’autres, comme la Pologne. Paradoxalement, les nouveaux membres sont souvent plus fervents partisans de l’approfondissement institutionnel que certains anciens.

Quelles perspectives, pour l’Europe, vingt ans après cet évènement historique ?

De nouveaux défis s’ouvriront, y compris dans le contexte de la présidence Obama qui, de grand frère américain, se transformera en partenaire. Un champ s’ouvrira alors pour la nouvelle puissance européenne qui aura à assumer des fonctions qu’elle laisse trop facilement gérer par les États-Unis. La politique étrangère, la défense européenne, l’interventionnisme bien plus positif dans le rapport des forces mondiales se combineront probablement avec l’accroissement du sentiment identitaire paneuropéen et le renforcement des institutions communes. Et qui sait, peut-être les derniers régimes autoritaires du continent évolueront-ils sous l’impulsion européen vers la démocratie.

Propos recueillis par Jean-Pierre Bobichon