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Gibraltar, le « rocher » pose problème !


Après la victoire du Brexit au Royaume-Uni, les habitants de cette enclave britannique, qui ne veulent pas sortir de l’UE, sont dans l’incertitude. Le référendum de juin n’a pas soulevé uniquement les questions de l’immigration ou de l’identité spécifique du Royaume, il a aussi mis en exergue les questions territoriales concernant l’Écosse, l’Irlande et Gibraltar qui a voté de son côté à 95,9 % pour le maintien dans l’UE avec une participation de 86 %.

En 1704, une flotte anglo-hollandaise apporte son appui au prétendant Charles III d’Espagne prenant ainsi parti dans la guerre de succession qui se joue en Espagne. Le Royal Katherine, navire amiral de George Rooke, prend alors le contrôle de ce territoire. À la fin de cette guerre, le traité d’Utrecht du 13 juillet 1713 aboutit à ce que la couronne d’Espagne cède Gibraltar à la couronne d’Angleterre.

Cependant, l’interprétation de ce traité est depuis source de conflits entre l’Espagne et le Royaume-Uni. Celui-ci indique en effet que « l’Espagne cède à la Grande-Bretagne à perpétuité (= pour toujours) la propriété de Gibraltar » mais « sans aucune juridiction territoriale ».

D’ailleurs, dès le lendemain du référendum de juin, le ministre des Affaires étrangères espagnol, José Manuel Margallo, s’est empressé de déclarer : « En trois cents ans, la plus belle opportunité nous est offerte de proclamer notre souveraineté sur Gibraltar et nous comptons bien la mettre à profit ! »

Gibraltar aujourd’hui

Ce territoire comprend une population de 32 252 habitants (fin août 2016). Le chômage y est très peu élevé. Le tourisme y est particulièrement important. Le BTP est en plein essor et de nombreuses entreprises y sont implantées (19 657 selon François Musseau de Libération), l’impôt sur les sociétés n’y est que de 10 %.
Le « Rocher » (surnom de Gibraltar) vit en partie de l’approvisionnement en combustibles des embarcations alors que par ailleurs 12 000 travailleurs des cinq municipalités espagnoles voisines viennent chaque jour travailler à Gibraltar.

Les habitants de Gibraltar – comme ceux de l’Écosse – sont surtout attachés à leur intégration dans l’UE et à la libre circulation des biens, des services, des personnes, des capitaux qu’elle implique. Si, par deux fois – en 1967 et en 2002 – ils ont refusé par référendum de rejoindre l’Espagne, c’est aussi parce qu’alors la question de leur intégration à l’UE ne se posait pas.

Le gouvernement Cameron a pris une lourde responsabilité en ouvrant la boîte de Pandore. Aujourd’hui, le nouveau gouvernement conservateur britannique dirigé par Theresa May doit résoudre une foule de problèmes : la définition de nouvelles relations avec l’UE, les questions de l’immigration jugée excessive au Royaume de sa Majesté, les questions relatives aux inégalités sociales, mais aussi les questions territoriales : la situation de Gibraltar soulevée ici est une illustration de la complexité des questions à traiter par les nouveaux responsables.

Il est à craindre que par impréparation ou par incompétence, la zone actuelle d’incertitude traîne en longueur et perturbe par une sorte d’apesanteur et d’asphyxie le projet d’intégration européenne.

Aux décideurs politiques et dirigeants européens d’écarter ce funeste danger.

Jean-Pierre Moussy

L’article 50 du Traité sur l’Union européenne

Le Brexit a été voté mais il n’est pas aujourd’hui rentré dans les faits, le Royaume-Uni devant déclencher la procédure de l’article 50 avant la fin mars 2017.
1 : Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.
2 : L’État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait en tenant compte de ses relations futures avec l’Union…

Gibaltar, une des illustrations de la complexité des questions du Brexit à traiter.