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Hébergement d’urgence : il est temps de passer aux actes


Chaque début d'hiver, l'inquiétude monte pour les personnes à la rue ou logeant dans des conditions indignes. Elles se demandent avec angoisse comment et où passer l'hiver dans des conditions supportables.

Jeunes en désespérance, familles expulsées - à Paris la moitié des appels au 115 concerne des familles -, demandeurs d’asile en errance, personnes victimes d’un accident de vie sont face au mur infranchissable du manque de structures d’accueil.

De ce fait, des milliers de personnes se retrouvent dehors, seules ou regroupées en campements de fortune, confrontées aux intempéries qui s’ajoutent à une accumulation déjà forte de difficultés.

Une situation parfois fatale. Chaque année le nombre décès dus à une absence de lieu d’hébergement durant la période hivernale s’agrandit. On recense ainsi plus d’un millier de victimes entre 2007 et 2009 avec un rythme en accélération (280 en 2007, 399 en 2008, 405 en 2009).

Pourtant l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy l’avait promis juré en décembre 2006 « je veux, si je suis élu président de la République, que d’ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid. Parce que le droit au logement c’est une obligation humaine ». Lionel Jospin lui-même…

Rappelons-le, la mission de l’hébergement d’urgence est d’assurer à toute personne en détresse, dans l’urgence, un hébergement et une aide à l’insertion. Une offre symbolisée par la mise en place en 1953 d’une aide sociale à l’hébergement et des centres d’hébergement et de réadaptation sociale (CHRS) destinés à répondre à la grande exclusion.

Mais avec la montée de crises successives, la situation ne cesse de se dégrader à partir des années 80 et l’offre devient de plus en plus insuffisante et souvent inadaptée aux réalités rencontrées. Aujourd’hui 115 000 places d’hébergement d’urgence sont ouvertes toute l’année en France dont 8 000 à Paris. Un chiffre qui se révèle nettement insuffisant.

Lueur d’espoir

Les promesses et les engagements ne suffisent plus. Il est grand temps de passer aux actes. Si la situation est d’évidence nationale, elle revêt cependant une gravité exceptionnelle en Île-de-France, pointée entre autres par la Fondation Abbé Pierre dans son dernier rapport. Face à ce contexte sensible, des mesures nationales ont été annoncées de financements et constructions supplémentaires. Le Premier ministre

Jean-Marc Ayrault vient de plus d’indiquer vouloir engager un inventaire des bâtiments disponibles d’institutions, d’administrations, de grandes entreprises susceptibles d’être réquisitionnés - un sujet brûlant s’il en est.

S’y ajoutent des propositions visant plus particulièrement la région capitale. Ainsi la ministre de l’Égalité des territoires et du Logement, Cécile Duflot, vient de proposer des mesures prioritaires pour l’hébergement d’urgence : rallonge budgétaire de 50 millions d’euros, création d’une offre d’hébergement supplémentaire pour des publics ciblés, priorité à la prévention des expulsions, tenue d’un comité régional de l’habitat ouvert à l’hébergement...

Une lueur d’espoir pour l’avenir. Mais voilà nous sommes déjà face à l’hiver et il y a désormais de l’urgence dans l’urgence. Celle de franchir le mieux - ou plutôt le moins mal possible - les grands froids à venir avant même que les nouveaux dispositifs annoncés n’aient été mis pleinement en œuvre.

Jean-Paul Rueff

En augmentation !

Dans son rapport 2011 sur le mal-logement, la Fondation Abbé Pierre comptait 3,6 millions de personnes non ou très mal logées dont 133 000 sans domicile fixe et 33 000 logeant dans des endroits non destinés à l’habitation. Un nombre en augmentation constante lié à la montée des précarités dans notre pays.