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Edmond Maire et sa dimension internationale méconnue


Étrangement, les articles parus lors du décès d’Edmond Maire ne sont pas très prolixes sur son engagement européen et international. Désintérêt ou méconnaissance de son action ? Témoignage.

En tout cas, lorsque j’ai intégré le département international Europe en juillet 1985, je n’ai pas tardé à être impressionné par son aura, sa connaissance des dossiers et ses analyses.
Lors de mon arrivée au département international, j’avais « hérité » du dossier Europe centrale et orientale et du suivi du TUAC (Comité syndical auprès de l’OCDE). Sur le premier dossier nous étions surtout engagés en Pologne aux côtés de Solidarnosc et en Yougoslavie avec la CSY. Edmond s’était rendu en Pologne pour rencontrer ce nouveau syndicat. Une rencontre que les Polonais n’oublièrent jamais. C’est tout naturellement lors de sa visite à Paris en 1981, avant le coup d’État, que Walesa s’installa dans les locaux de la CFDT. Le coup d’État « permis » non seulement à la CFDT de réaliser concrètement ses convictions en faveur d’un syndicalisme libre, indépendant et démocratique, mais également d’engager un long tête-à-tête avec les intellectuels emmenés par Michel Foucault. Un exercice dans lequel il excellait, persuadé que les syndicalistes avaient toute leur place dans ces confrontations pacifiques, mais parfois enflammées.

Un dialogue permanent

Ce débat, Edmond le poursuivait encore avec les intellectuels yougoslaves à Belgrade et Skoplje en 1987. La tentative de troisième voie syndicale n’avait pas abouti, mais elle avait favorisé nos liens avec les syndicalistes des deux côtés de la Méditerranée, permettant ainsi, après la dislocation de la Yougoslavie, de bénéficier de l’amitié des syndicats des nouveaux pays (sauf ceux de Serbie dont nous dénoncions leur soutien à Milosevic), et de renforcer nos liens avec ceux du Maghreb.

Notre présence au TUAC nous permettait de dialoguer avec les syndicats des pays industrialisés non européens puisque nous avions quitté la CMT (Confédération mondiale du travail) et pas encore rejoint la CISL (Confédération internationale des syndicats libres) En 1986, les syndicats japonais du Sohyo avaient invité Edmond à s’exprimer lors d’un colloque sur le temps de travail. Belle reconnaissance pour la CFDT et son secrétaire général.

J’aurais pu vous parler également de son discours au congrès d’Évian de la CMT, de son action de syndicaliste européen avant ou après la création de la CES, de nos discussions avec la DCB allemande sur les mérites respectifs de la cogestion et de l’autogestion. J’aurais pu vous dire combien il était exigeant – à juste titre – dans la préparation des missions, mais également combien c’était pour lui, loin de Paris, l’occasion de montrer un autre visage, et de se détendre, ce qui n’empêchait pas le sérieux de nos contacts.

Notre présence commune à la Confédération ne fut pas très longue (1985-1988). Mais elle m’a permis de mesurer pourquoi en France et ailleurs on nous enviait un tel penseur et animateur.
Jean-Pierre Delhoménie

Edmond Maire