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Il a osé dire « non » !


Insoumis, réfractaires… Certains ont eu le courage, par conviction ou idéal, de désobéir aux ordres injustes. Christian Fiquet, toujours militant de la CFDT en Seine-Saint-Denis, témoigne.

Septembre 1959, je suis incorporé en Allemagne. Le service militaire ? Oui, mais pas en Algérie ! Françoise - nous nous étions mariés, sachant que je partais pour 5 ans de prison – supportait mal de me voir assumer seul une telle galère. Décembre 1960, nous nous engageons avec l’ACNV (Action civique non violente).

Après avoir renvoyé mes habits militaires, je me retrouve sur le chantier de Gagny [1]. Le 16 janvier 1961, les gendarmes arrivent. Suivront quinze jours en cellule, en fourgon, en train, en bateau. Paris, Gennevilliers, Strasbourg, Trèves, Marseille enfin. Débarqué à Bône, j’arriverai à Tébessa le 10 février, affecté dans une unité en charge de la sécurité de la frontière tunisienne. Nouveau refus, nouvelle attente en prison militaire.

Le 7 mars, retour à Bône pour comparaître devant un juge d’instruction. À la prison, les détenus sont en majorité des droits communs. Quelques prisonniers FLN très organisés imposent leur discipline. J’attendrai 9 mois avant d’être jugé, le 27 octobre, coupable de « désertion et de refus d’obéissance » : 3 ans de prison ! Le maximum de la peine.

Le 20 février 1962, pour des raisons de sécurité, je suis rapatrié aux Baumettes où j’ai enfin une cellule à moi. Pendant quelques mois, je bénéficie, avec 4 autres réfractaires, du régime de la semi-liberté. Il s’agissait de nous regrouper en attendant le vote, imminent, d’un statut pour les objecteurs. La guerre était terminée. Je serai muté le 1er mars 1963 à la caserne de Bordeaux pour être libéré.