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Véronique Revillod : « Il n’y a pas de DRH dans la cuisine. »


Véronique Revillod, secrétaire nationale de la Fédération CFDT des services, pôle service aux entreprises et aux particuliers, répond à nos questions.

Quelle place pour une CFDT émancipatrice ?

Dans les métiers du service à la personne ou pour les salariés du particulier employeur, l’émancipation passe par un pouvoir d’achat qui permette de préserver la dignité de chacun.

Principalement à temps partiel, la plupart du temps multi-employeur, les salariés de ce secteur peinent à obtenir une rémunération décente qui leur permette d’assumer seul un loyer, des enfants, des projets. Il faut bien être conscient que cette précarité n’est pas un terreau fertile à la prise de responsabilités syndicale et sociale. La priorité est le maintien des salariés dans leur emploi. La formation initiale, souvent sommaire, les retient dans un état d’infériorité que l’action syndicale doit enrayer grâce à l’information sur les droits, dans un premier temps, afin de rapporter le lien contractuel au contrat lui-même et non à une situation d’esclavage ou de gestion familiale que les tâches pourraient laisser supposer.

C’est ensuite agir pour la formation afin de faire reconnaître auprès des particuliers employeurs ou clients le caractère professionnel de la prestation. On ne fait pas le ménage chez des particuliers comme chacun peut le faire chez soi. Il s’agit de ici valoriser les salariés à leurs propres yeux, de devenir acteurs de leur évolution professionnelle par l’accès à des formations techniques comme de développement personnel.

Enfin, l’adhésion permet de gravir une marche supplémentaire dans l’échelle de Maslow : appartenir à un collectif et défendre les intérêts de celui-ci. La CFDT apporte un angle de vue plus global sur l’impact de son propre travail dans un environnement sociétal complexe. Elle apporte également l’éveil au droit d’expression, au débat et donc à la contradiction. C’est un appui précieux dans ce milieu très féminin. Notre action syndicale doit apporter la connaissance de son environnement, l’utilité de son action individuelle pour le collectif et l’importance de l’expression pour faire progresser des droits adaptés.

Quelles exigences pour les employeurs ?

La responsabilité qui pèse sur les employeurs n’est pas édulcorée du fait de leur statut de particuliers. Cet aspect incite parfois au recours au travail non déclaré pour contourner le risque. Aucun de ces employeurs n’a de « DRH dans sa cuisine ».

Concernant notamment les assistantes maternelles, les conflits liés à des différences d’interprétations des Codes de la famille, du travail et de la convention collective n’arrangent rien. Il convient d’avoir cela à l’esprit pour chaque étape de négociation.

Cependant, cela ne doit jamais être un argument qui cautionne de mauvaises pratiques, mais il faut savoir les comprendre, les analyser, et mettre en place les outils nécessaires pour que ces litiges ne surviennent plus.

Comment peut évoluer la responsabilité de ceux-ci dans l’évolution des métiers ?

Les intérêts des salariés sont menacés lorsque nous négligeons l’information des employeurs. Les partenaires sociaux font en sorte de simplifier et clarifier toutes les démarches liées à l’emploi. À cette fin, un fonds d’information et de valorisation des emplois à domicile (Fived) a été étudié et un accord a vu le jour (à l’extension actuellement).

0Il faut que la forme contractuelle engage et permette l’accueil serein des enfants, la prise en compte des tâches, et permette l’évolution professionnelle des salariés.

Nous souhaitons travailler sur une gestion prévisionnelle des emplois et compétences qui permet la sécurisation des parcours professionnels. Parallèlement, nous déplorons encore quelques situations d’esclavage moderne qui ne semblent jamais disparaître. Ces situations sont inacceptables et doivent faire l’objet de poursuites soutenues par la CFDT.

Propos recueillis par Gérard Lopez

Pour en savoir plus

Le travail domestique rémunéré a toujours été en marge des lois du travail, parce que le domicile privé n’était pas considéré comme un lieu de travail. Cela change en 2011 avec l’adoption par l’OIT (Organisation internationale du travail, créée en 1919) de la Convention 189, « Un travail décent pour les travailleurs domestiques », pour l’instant ratifiée par trop peu d’États (23 sur 187 en 2016 dont seulement 6 États de l’Union européenne, l’Allemagne, la Belgique, la Finlande, l’Irlande, l’Italie et le Portugal).

Depuis cette date, la Confédération syndicale internationale (CSI), qui a joué un rôle important pour que cette convention soit adoptée, a créé un réseau 12+12 (www.ituc-csi.org/domestic-workers-12-by-12) consacré aux travailleurs domestiques, que l’on peut trouver aussi sur Facebook.

En 2013 s’est créée une fédération internationale des travailleurs domestiques (www.idwfed.org).

En France, l’essentiel des informations sont disponibles sur le site de l’agence nationale des services à la personne (www.entreprises.gouv.fr/services-a-la-personne).

Véronique Revillod, secrétaire nationale de la fédération CFDT des services en charge du pôle service aux entreprises et aux particuliers (SEP).