Actu revendicative


Insuffisances dans la prise en charge des personnes âgées


La Cour des comptes s'inquiète de la hausse prévisible de la dépendance et des aides qui peuvent être « plus importantes pour une personne aux revenus élevés que pour une personne aux revenus faibles ». Les témoignages parus dans Que Choisir inquiètent : « Le personnel gère la pénurie, les résidents la subissent ». Il manque des places en établissement.

Quelques lectures dans la presse récente montrent que si la sensibilisation aux conditions de vie et d’accueil des personnes âgées commence à se faire, les dysfonctionnements et les insuffisances de prise en charge sont multiples.

1. La Cour des comptes donne les chiffres et l’alerte

En 2000 on estimait à près de 800 000 le nombre de personnes âgées dépendantes en France. Les projections ministérielles prévoient 1 million en 2020 et 1,22 million en 2020. Selon le rapport 2005 de la Cour des comptes, l’augmentation sera de plus de 50% en 2040 par rapport à 2000.

Pourtant des financements existent nous dit la Cour des comptes ! Elle évalue à 15 milliards d’euros les financements affectés en 2003 aux personnes âgées dépendantes, soit plus de 1% du PIB. Mais, ajoute-t-elle « bien que substantiels, ils ne s’ajustent qu’imparfaitement aux situations de dépendance. Dans certains cas, l’aide apportée par l’APA (Allocation personnalisée autonomie) et les réductions fiscales au titre de l’emploi d’un salarié à domicile peuvent être plus importantes pour une personne aux revenus élevés que pour une personne aux revenus faibles. » Les commissions d’attribution de l’APA constatent que la diminution des barèmes depuis 2002 rend ces aides très insuffisantes.

Le même rapport de la Cour des comptes constate également que « l’offre de services, de prestations et de places en établissement est mal répartie sur l’ensemble du territoire national. Ces dernières années l’offre de places d’hébergement en institution, qui est par ailleurs hétérogène d’un département à l’autre, a augmenté moins vite que le nombre de personnes âgées. Les métiers auprès des personnes âgées dépendantes sont peu développés et mal organisés, ils restent peu attractifs. »

2. Les familles et les salariés dénoncent le manque de personnel dans Que Choisir

La situation dans les établissements n’est pas toujours facile. Une enquête de Que Choisir (octobre 2005) auprès familles et des seniors sur leur vécu et auprès des personnels qui les entourent montre qu’ « on entre dans un univers où beaucoup reste à faire ».
« Des familles esseulées, peu épaulées par les autorités contactées ». DDASS, conseils généraux ne répondent pas ou se contentent d’adresser un opuscule peu adapté. Les Clic (Centre local d’information et de coordination gérontologique) qui ont pour mission de coordonner l’offre et d’informer le public, sont notoirement insuffisants en nombre, mal répartis dans les départements, et disposent de peu de moyens ce qui limite leurs possibilités d’intervention.

Dans les établissements, bien des choses laissent à désirer. « Le dramatique manque de personnel, son incessant changement, son manque de formation ne permet pas d’assurer les services plus élaborés nécessaires à la dépendance des personnes âgées très nombreuses dans les établissements. On reste encore dans des structures conçues pour l’hôtellerie au service de gens valides. » « Le personnel gère la pénurie, les résidents la subissent. » Il ne faut pas se tromper de cible : « il faut soutenir et encadrer les personnels car l’épuisement peut être source de maltraitance ».

L’enquête parue dans CFDT Magazine (que vous avez reçu - novembre 2005) sur la situation en Bretagne des conditions de travail en maison de retraite, va dans le même sens que celle de Que Choisir.

En conclusion, tout le monde s’accorde pour reconnaître qu’il faut plus de places en établissement, mais l’État souhaite développer le maintien à domicile le plus longtemps possible, voire même jusqu’à la fin de vie. Là où le bât blesse, c’est que les moyens mis en œuvre ne sont pas non plus à la hauteur des besoins. C’est une question de survie sans maltraitance pour toute une partie des seniors.