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Jacques André : « Il faut voir le monde plus largement ! »


Nantes et Saint-Nazaire, le rural et l'urbain, les générations internet et les autres, les grosses « boîtes » et les petites, le syndicat et les associations. À 72 ans, Jacques invite les uns et les autres à voir le monde plus largement.

Cet ancien instituteur, ex-responsable national de la Fédération CFDT de la formation et de l’enseignement privé (Fep) progresse en sagesse. Il a un regret dans sa vie : « Aujourd’hui je m’occupe plus de mes petits-enfants que je n’ai pu le faire vis-à-vis de mes propres enfants. Je suis sans doute passé à côté d’une richesse. J’ai envie d’avoir du temps pour eux. »

Du temps, Jacques en a passé auprès des enfants des autres quand il était instituteur en milieu rural, responsable de deux classes de tout-petits. « Ca m’allait bien ».

Il se souvient aussi de la direction d’une école dans la banlieue de Saint-Nazaire. C’était en 1968. « Pas facile au milieu des métallos » pour ce représentant local de l’enseignement privé. « L’école a été fermée un mois à cause de la grève.

Comme en classe on utilisait le porte-plume, les élèves n’avaient plus besoin des encriers. Et chacun y avait planté un petit drapeau rouge. C’est dire ! »

Les Nantais étaient trop mous

Après la ferme de ses parents, Jacques découvre et apprécie la vie du monde ouvrier. Et c’est sans doute pour lui le début d’une autre vie, témoin des tensions que créent les oppositions sommaires entre le rural et l’urbain, et villes concurrentes (1) : « À Saint-Nazaire, en 68, on était prêts à faire scission dans le syndicat : les Nantais était trop mous ! Quand je me suis retrouvé à Nantes, j’ai eu la vision d’une ville plus diversifiée au niveau des services et de ses activités. Je comprenais Saint-Nazaire mais j’avais conscience qu’autre chose existait.

Le comble, c’est que quand je me suis retrouvé à Paris comme permanent à la fédération, je me suis heurté aux deux parce que j’étais dans la capitale ! »

Depuis, Jacques invite chacun à élargir son regard : « il fait voir le monde plus largement » martèle-t-il. « Dans le syndicalisme, il n’y a pas que les grosses boîtes. Il y a aussi les sous-traitants et tous les autres.

À la Fep, il y a de gros établissements et beaucoup d’adhérents complètement isolés. On ne vit pas du tout la même chose si dans une entreprise on est seul ou si on est 400 syndiqués. »

Chercher à ouvrir toutes les données d’un sujet

Jacques entretient cette sagesse : « Depuis que je suis en retraite, une nouvelle génération est arrivée qui maîtrise internet. Il y en a aussi une autre qui est plus âgée. En matière d’information (Jacques est responsable de la revue de l’Union locale des retraités de Nantes : 1300 adhérents), qu’est-ce qu’on fait ? L’information est indispensable pour une Union locale comme la nôtre. L’adhérent doit pouvoir partager une information de proximité et de qualité. Mais restons conscients aussi que les jeunes retraités vont demander d’autres sujets que la vieillesse, la maladie et la dépendance. »

Jacques, un homme de négociation ? Sûrement. Cela ne l’empêche pas, avec délicatesse, de toujours chercher à ouvrir toutes les données d’un sujet : « Dans le syndicalisme, on côtoie beaucoup d’adhérents et de militants qui pensent un peu comme nous. On échange. Mais les gens de tous les jours n’ont pas le syndicalisme en tête. Il faut donc sortir, aller voir d’autres lieux et rencontrer d’autres personnes, d’autres milieux, d’autres problèmes… » Pour voir le monde plus largement !

Daniel Druesne

(1) On pense aussi à Marseille et Aix, Rouen et Le Havre, Nancy et Metz…

Une retraite active

Jacques est en retraite depuis 1996. Après 12 ans comme permanent à la Fep, il est revenu au pays. Après un temps de « réadaptation »… il devient président d’un club de cyclotourisme : « C’est normal de rendre ce qu’on a reçu ! » Aujourd’hui il veut passer la main des responsabilités pour se consacrer aussi au patrimoine et à la politique locale. On ne se refait pas !