Stats et études


Jacques Loubet : Un marginal de l’éducation


À l'heure où l'on se mobilise à nouveau sur l'apprentissage pour faire face aux difficultés des nombreux jeunes sortis du système scolaire sans qualification, prenons le temps d'écouter l'histoire de Jacques Loubet, un professeur depuis 1972 d'un CFAI (centre de formation d'apprentis pour l'interprofessionnel), aujourd'hui retraité.

Jacques Loubet a été militant, responsable départemental et régional CFDT de 1975 à 2003. Après un burn-out, dû à ses nombreuses activités en tant que professionnel (35 ans de face à face pédagogique) mais aussi en tant que responsable militant, Jacques n’a pas supporté l’hémorragie de sa section syndicale suite à la réforme des retraites, ni son impuissance pour trouver du travail aux jeunes qui sortaient diplômés de son école. Aujourd’hui, apaisé, il s’investit dans des actions concrètes en tant que curateur, et il est aussi comme beaucoup d’entre nous, aidant familial pour ses parents âgés.

L’enthousiasme et les activités bénévoles de Jacques sont sans limite. Et si vous lui posez une question sur son ancien métier, d’une façon volubile, il vous raconte les nombreuses années syndicales et la bagarre de ces enseignants pour se faire titulariser. Enseignants précaires, itinérants, sous payés qui vivaient de façon monacale, entièrement dévoués à leur nouvelle mission. Titularisation qui, au-delà de la sécurité dans l’emploi, serait une reconnaissance de leur métier, un accès à la formation technique et une reconnaissance de la formation professionnelle pour ces jeunes marginalisés par l’éducation nationale.

Dans son livre « Prof en Cfai : mémoire d’un marginal de l’éducation » édité en ligne chez www.edilivre.com ou www.amazon.fr, il témoigne de la longue route de la création de la formation en alternance dispensée en entreprises artisanales, commerciales. Appelés en 1972, cours professionnels artisanaux, dans des SEP (section d’éducation professionnelle) sous la responsabilité des chambres de métiers.

La voie royale

Enseignants recrutés sans être passés par l’école normale, avec des contrats précaires, aux changements pédagogiques incessants, en conflits avec les différentes administrations. Sans oublier les classes surchargées dans des préfabriqués sans conforts, il nous fait partager l’attention des enseignants pour la vie quotidienne des ces jeunes (habitat, nourriture, transports, lieux de stages…).

Il découvre avec passion, et en même temps que ses élèves, l’enseignement technologique aux métiers divers : alimentation, coiffure, vente, bâtiment… ou des métiers plus spécifiques comme typographes, couturière flou, cordonnier, photographe…

Avec énergie, il fait face à la dichotomie de l’enseignement en France (mépris de l’enseignement général face à l’enseignement technique et manuel). Il nous fait découvrir la connaissance des publics (professeurs, éducateurs…) ainsi que les différentes lois sur la formation initiale en alternance. Il n’oublie pas les comparaisons avec la formation sous statut scolaire des LP (lycée professionnels). Les deux formations concourant aux mêmes objectifs éducatifs de la nation. Il nous fait comprendre les différents statuts, les moments de confrontation mais aussi ceux de réussite de ces pionniers qui portent haut le flambeau de la formation professionnelle en alternance.

Jacques ne regrette rien, ni son obstination pour trouver un travail au pays, ni sa colère pour faire reconnaître l’apprentissage comme voie royale de l’enseignement, ni son implication et son militantisme dans la CFDT. Merci monsieur le professeur.

Danielle Rived

L’enthousiasme et les activités bénévoles de Jacques sont sans limite.