Actu revendicative


Jo Poché, un sacré bonhomme !


Ses fils et ses copains de l’Union locale CFDT des retraités de Segré, dans le Maine-et-Loire, ont proposé à la CFDT Retraités de lui faire un anniversaire un peu spécial, ses 65 ans d’adhésion à la CFDT. Et c’est avec un immense plaisir qu’on se joint à la fête de ce garçon battant et généreux.

Jo fait partie de ceux qui étaient visés par Pétain et les nazis pour rejoindre le Service de travail obligatoire en Allemagne. Il s’opposa à cette hypothèse. Comme il était un sportif, gymnaste accompli, capable de piquer des équilibres n’importe où, même sur les toits, il n’eut aucune difficulté à se faire engager chez les pompiers de Paris. Ce sombre épisode de notre pays ne sera pas sans le marquer mentalement. Sapeur-pompier, il sera appelé dans vingt-deux villes bombardées pour aider les victimes, déblayer… Il ramassera des corps dans des conditions difficiles.

La guerre finie, Jo Poché rentre aux ateliers de la Sacer à Segré, une entreprise de travaux publics spécialisée dans le revêtement des routes. Seule la CGT est présente, il y adhère. Mais il crée rapidement une section CFTC et est élu délégué du personnel pour la première fois en 1948. Et ce sera le début d’une belle aventure syndicale.

Syndicalistes hors pair

En compagnie de Jean Monnier, responsable de l’Union locale et qui deviendra plus tard maire de la ville d’Angers, Jo obtient par la négociation une augmentation conséquente pour l’ensemble du personnel. Mais les gens ne se mouillent pas syndicalement. Il démissionne de son mandat. Un copain syndiqué CGT en est meurtri. Il provoque une réunion avec tout le personnel dans le bistrot du coin. Jo s’y explique : il ne reviendra sur sa position que si les gens prennent une carte syndicale, où ils veulent, mais une carte ! 90 % des employés se syndiqueront dès le lendemain !
Quand il y avait un conflit dans la boîte, un défilé avait lieu dans la rue, chacun avait son vélo à la main. Ça tenait de la place et ça influençait les petites boîtes alentour. De peur d’une contagion syndicale, elles augmentaient les salaires.

Jo sera aussi un animateur incontournable de la branche TP nationale (300 000 salariés). Il participera aux côtés d’Albert Détraz, secrétaire général de la Fédération du bâtiment, à la négociation de la 1re convention collective de la branche. Albert Détraz au plan national professionnel et Jean Monnier pour la région seront pour lui des syndicalistes hors pair qui lui serviront de points de repère. Mais il évoque aussi les formations en école normale ouvrière (ENO) avec Jacques Delors, Jacques Duquesne, le philosophe Michel Foucault, « ça aide à comprendre… ».

Fixe l’étoile

Jo sera aussi l’adjoint de Jean à l’UL de Segré, puis secrétaire en 1958. Cette petite ville qui comptait un peu plus de 5 000 habitants comptera jusqu’à 1 500 adhérents à l’Organisation.

Jo sera un actif combattant pour la déconfessionnalisation et participera au congrès de 1964 à Paris pour la création de la CFDT. Il évoque les 3 piliers : appropriation des moyens de production, autogestion et planification démocratique, et se demande si chacun s’en souvient.

Terminons sur ses formules : « Un découragement n’a jamais gagné une victoire, ni en temps de paix ni en temps de guerre. » Ou encore, et sans doute la plus belle : « Si tu as une idée, fixe-la comme une étoile, tu feras la révolution ! »

Georges Goubier

Jo Poché : " Si tu as une idée, fixe-la comme une étoile, tu feras la révolution ! " (crédit photo DR)