L’Euro : une monnaie en mouvement
L’euro est un symbole tangible de l’intégration européenne, celui d’une mutualisation consentie de souveraineté. Il a été introduit en 1999 (pour les marchés financiers) et 2002 (pour les billets et les pièces). Il est désormais utilisé par 357 millions de personnes dans l’Union européenne (UE) et par 21 des 27 pays de l’UE. Les derniers pays entrés dans la zone euro sont la Croatie le 1er janvier 2023 et la Bulgarie le 1er janvier 2026.
Pour adhérer à la zone euro, les pays sont tenus de remplir les critères de convergence fixés dans le Traité de Maastricht (1992). Ce traité exige un degré élevé de convergence économique mesuré par : l’évolution des prix (inflation), le solde budgétaire (pas plus de 3 %) et la dette publique (moins de 60 % du PIB).
L’évolution du taux de change ainsi que des taux d’intérêt à long terme ne doivent pas dépasser de 2 points de pourcentage celui des trois États membres qui présentent les meilleurs résultats. L’examen de ces critères tant par la Banque centrale européenne (BCE) que par la Commission est complété par le Conseil ECOFIN (ministres des Finances) ainsi que par le Parlement européen et par le Conseil européen (chefs d’État et de gouvernement).
L’abandon d’une monnaie nationale est un acte important qui engage les différentes parties. D’après les traités, une fois les conditions remplies, tous les pays de l’UE sont censés rejoindre l’euro à l’exception toutefois du Danemark qui a obtenu une clause d’exemption. En plus de ce pays, ne sont pas actuellement membres de la zone euro : la Tchéquie, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie et la Suède.
Qui gouverne l’euro ?
La politique monétaire de la zone euro est du ressort de l’Eurosystème : il s’agit d’un organisme indépendant composé de la BCE dont le siège est à Francfort) et des banques centrales nationales. Cette architecture confirme, qu’au plan européen, le système organisationnel repose sur un système en réseaux (illustrant ainsi la devise « Unis dans la diversité »).
La mission principale de la BCE est d’assurer la stabilité des prix (la lutte contre l’inflation) avec comme cible un objectif de 2 % à moyen terme. La BCE le fait à partir d’une politique adaptée de taux d’intérêt : reposant sur trois taux directeurs auxquels les banques commerciales peuvent emprunter ou placer en dépôt auprès de la BCE.
Pour être exhaustif, il faut ajouter qu’à la suite de la crise financière mondiale de 2007-2008 a été mis en place, en 2010, un système européen de surveillance qui vise à préserver la stabilité financière, favoriser la confiance et protéger les consommateurs.
Ce système repose, là aussi, sur une organisation en réseaux. Plusieurs autorités de surveillance financière ont été mises en place pour les banques, les assurances, les marchés financiers, plus une autorité transversale pour l’analyse du risque macrofinancier : le Comité européen du risque systémique.
L’Union européenne et la zone euro ont su tirer des enseignements pratiques des crises successives qu’elles ont dû affronter, mais la régulation ainsi mise en œuvre est loin d’être partagée par tous les acteurs, notamment par la première puissance économique mondiale, les États-Unis, qui n’a de cesse de mettre en cause les règles existantes dans tous les domaines. Accro aux crypto-monnaies (circuits opaques favorisant la spéculation et même le blanchiment d’argent), ce pays a de plus une dette colossale évaluée (en août 2025) à 37 000 milliards de dollars (123 % du PIB dont 20 % environ sont détenus à l’étranger) : ces caractéristiques américaines pourraient être la source de futurs dérèglements financiers et monétaires au plan mondial.
Jean-Pierre Moussy