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L’Europe peut-elle assurer seule sa sécurité ?


Face à un contexte aussi inédit que problématique, les pays européens doivent se concerter pour assurer la sécurité de leur continent et de l’Ukraine.

Finie la mondialisation heureuse, le commerce n’est plus le facteur favorisant la paix. Le président des États-Unis a entrepris une guerre tarifaire mondiale. L’invasion russe en Ukraine, les conflits comme au Soudan ou au Moyen-Orient inquiètent. Le multilatéralisme est foulé aux pieds, les valeurs démocratiques remises en cause.

Trois événements illustrent la dérive illibérale des États-Unis : le discours de son vice-président J.-D. Vance à Munich, le 14 février 2025, avec son soutien aux mouvements d’extrême droite en Europe ; le 28 février : la réception orageuse du président ukrainien à la Maison-Blanche accusé d’entretenir la guerre ; le 5 décembre : la publication de la stratégie nationale de sécurité américaine qui s’en prend à l’Europe considérée comme un parasite en déclin.

Depuis la chute de l’URSS, la Russie a participé ou été à l’initiative d’une trentaine de guerres : Tchétchénie, Géorgie, Syrie, Centrafrique, etc. Poutine justifie l’invasion de l’Ukraine de façon abracadabrantesque : « dénazifier l’Ukraine ». Il faut ajouter la prolifération nucléaire : aux pays déclarant détenir l’arme nucléaire (États-Unis, Royaume-Uni, France, Russie, Chine), il faut inclure l’Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord.

Que doit faire l’Europe face à ces incertitudes ?

Elle doit réorienter son action. Cela passe par ce qui en fixe le cadre : le Traité de Maastricht et celui sur l’Union européenne dont l’article 42-7 prévoit une défense mutuelle : au « cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir ».

Des responsables européens sont habilités pour agir : Kaja Kallas (ex-Première ministre estonienne), haute représentante de l’Union européenne (UE) pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, et Andrius Kubilius (ex-Premier ministre de Lituanie), commissaire européen en charge de la Défense et l’Espace.

Même si certaines décisions relèvent de l’unanimité des États, les événements les conduisent à intervenir. Cela est encore plus vrai depuis la guerre en Ukraine, pays candidat pour rejoindre l’UE (négociations ouvertes en juin 2024).

Défendre l’Ukraine a un prix

L’aide européenne apportée à l’Ukraine s’élève, fin novembre 2025, pour l’Europe, à 169,9 Md€ (114,6 pour les États-Unis). S’y ajoutent l’accueil des réfugiés ukrainiens et des outils financiers : Fonds européen de défense (pour développer des recherches technologiques), Facilité européenne pour la paix (pour permettre la livraison d’équipements militaires).

La guerre menée par la Russie en Ukraine constitue une menace grandissante. Les tergiversations américaines et le flirt persistant de l’administration américaine avec la Russie compliquent substantiellement la situation. C’est pourquoi, la majorité des pays européens ont, en 2024, consacré un peu plus de 2 % de leur PIB à leur défense, avec l’objectif d’atteindre 5 % en 2035.

Ces questions de sécurité ont pris une telle importance qu’en 2023, la Finlande, qui a 1 340 km de frontières avec la Russie et la Suède en 2024, a finalement pris la décision de rejoindre l’Otan. L’Europe de la défense n’est pas vraiment constituée, les nations et les industriels ont encore du mal à coopérer, mais la menace est là. Pour y faire face, des objectifs stratégiques partagés et des moyens accrus sont nécessaires pour positionner l’UE comme acteur mondial essentiel fondé sur des valeurs démocratiques.

[Jean-Pierre Moussy