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L’allongement de la durée de la vie apporte de la croissance


Véronique Descacq a pointé les opportunités pour l’économie et l’emploi liées à l’allongement de la durée de vie. La réflexion doit porter aussi sur le parcours professionnel et la qualité de vie au travail.

Dossier

Les défis du temps de la vieillesse

- Les défis du temps de la vieillesse
- Les trois enjeux imposés par l’allongement de la durée de vie
- L’allongement de la durée de la vie apporte de la croissance
- Des solutions à bâtir
- Le sens du syndicalisme retraité

L’allongement de la durée de vie est une richesse. Dans notre résolution du congrès de Marseille, nous avons écrit que nous étions pour une économie de la qualité, c’est-à-dire une économie qui investit davantage en direction des nouvelles opportunités, favorise la montée en gamme des produits.

Parmi les opportunités désignées pour mettre en œuvre une économie de la qualité, il y a le numérique, les biotechnologies et aussi l’allongement de la durée de vie. C’est une opportunité pour la croissance. Il y a beaucoup de gisements d’activités, d’emplois possibles autour de ces questions d’allongement de la durée de vie invitant à l’investissement.

Plus l’horizon de fin de vie ou d’entrée dans la perte d’autonomie s’éloigne, plus on a un comportement d’investisseur, dans tous les domaines de la vie, matériels (acheter une maison de campagne, faire des travaux dans la maison, par exemple) mais aussi immatériels (l’éducation, la culture…). Aujourd’hui, il n’y a plus d’âge notamment pour retourner à la fac. Les comportements de loisirs, de culture supposent un comportement d’investisseur qui dure plus longtemps. C’est donc aussi de la croissance économique.

Liées à l’allongement de la durée de vie, les nouvelles technologies, comme le numérique, qui suscitent plus d’organisation en réseau, de pratiques collaboratives, de nouvelles modalités d’accompagnement de vie sociale, de partage, sont aussi des facteurs de croissances.

Le compte personnel d’activité pour améliorer le parcours de la vie

Raisonner en termes de parcours : c’est très CFDT. Le compte personnel d’activité est là pour sécuriser le parcours professionnel et de vie. Je partage tout ce qu’a dit Anne-Marie Guillemard sur la nécessité de raisonner en parcours plutôt qu’en statut.

Par exemple, sur la question de la qualité de vie au travail, il faut arrêter de raisonner en silo, il faut prendre en charge ces questions tout au long de son parcours professionnel. . La qualité de vie au travail commence quand on entre au travail. Quand on fait de la prévention sur la santé, à la fin de sa carrière, on n’est pas forcément fatigué. Quand la CFDT défend le compte pénibilité, ce n’est pas juste pour avoir réparation au moment de la retraite, c’est aussi pour forcer les entreprises à faire de la prévention et ainsi empêcher la pénibilité.

De plus, le vrai facteur d’inégalité entre les individus, en matière d’emploi, c’est la question de la qualification. Et c’est vrai à tous les âges de la vie. Elle a été intégrée dans la négociation assurance chômage où la filière senior est prise en compte depuis très longtemps car nous sommes conscients que ce que voulaient ces seniors, c’est aussi retrouver du travail nécessitant de la formation. Or c’est plus difficile à 50 ans d’avoir une formation, les employeurs n’ayant pas cette stratégie d’investissement.

Quel est le problème des seniors sur le marché du travail ? Avoir accès à la formation afin de limiter cette inégalité de qualification. On a échangé le retardement d’entrée dans la filière senior avec des paliers jusqu’à 55 ans pour, en contrepartie, leur donner un droit supplémentaire à la formation dans leur compte personnel de formation. Quand il y a un plan social, les employeurs raisonnent par les âges, en incitant les plus anciens à partir parce que ce sont eux qui sont les mieux payés.

La question du lien entre compétences et ancienneté doit être reposée. Bien sûr, il y a de nombreux métiers dans lesquels l’ancienneté, l’expérience, sont une compétence. Néanmoins, il peut y avoir des compétences à renouveler. Quel lien faire entre compétence et rémunération ? Il faudrait peut-être accepter un peu plus de transversalité dans son parcours plutôt que d’imaginer des parcours toujours ascendants. Peut-être que de nouveaux arbitrages sont à faire entre la reconnaissance de l’ancienneté, la montée en compétences et la question de l’emploi.

L’évolution du financement de la protection sociale nous interroge

L’autonomie, c’est transversal à tous les âges. Nous faire des choix dans la protection sociale entre garanties individuelles attachées à la personne et garanties collectives dans lesquelles s’organisent les financements de ces garanties. Commencer à mettre en place de nouveaux outils, comme le compte personnel d’activité tout au long de la vie.

Parmi les évolutions visibles non choisies de la protection sociale : la fiscalisation progressive de financement de la protection sociale. C’est extrêmement massif au travers de l’allongement des cotisations d’une part et de basculement vers la CSG d’autre part. Les déséquilibres entre durée de travail et durée d’inactivité, la montée en charge des dépenses de santé engendrent des besoins de financement colossaux.

Est-ce que toute la protection sociale doit basculer en mode solidarité, revenus universels ou voulons-nous garder dans notre système de protection sociale des régimes de nature assurantielle (retraite, chômage) ? Devons-nous repenser une articulation entre ce qui est assurantiel et ce qui est la solidarité ? Ces transformations sont en train de se faire sans même en avoir fait le choix politique.

Véronique Descacq, secrétaire générale adjointe de la CFDT.