Action internationale


L’apocalypse des Khmers rouges


Avril 1975, les Khmers rouges s'emparent du pouvoir au Cambodge. En trois ans, le pays avait reçu trois fois plus de bombes américaines que le Japon pendant la seconde guerre mondiale. La population, ruinée par les guerres, ne fait plus confiance au Prince Sihanouk. Beaucoup de paysans rejoindront les maquis de « Pol Pot ». Pour l'apocalypse.

À la descente de l’avion, nous ne nous attendions pas à être reçus par un guide aussi persuasif, démonstratif, marqué à vie par ce qu’il a vécu. Nous ne venions pas au Cambodge en ignorant ce qui s’était passé.
Bun-Nguon était professeur de géographie. Il est devenu guide et aborde de front les souffrances qu’il a connues sous la terreur des Khmers rouges. Les intellectuels furent les premières cibles. Il fallait anéantir, vider définitivement de ce pays tout ce qui était susceptible de diffuser la culture occidentale. Les intellectuels représentaient le premier obstacle au projet des Khmers rouges.

Un procès international en cours

Les Khmers rouges sont d’actualité. Le procès de Duch, ancien directeur du centre S21 (15 000 morts), se déroule en ce moment. Il reconnaît les crimes qui lui sont reprochés. Il répond de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et de crimes nationaux devant les tribunaux cambodgiens.

À la chute de Sihanouk, la plupart des chefs du maquis avaient fait leurs études à Paris. Khieu Samphan, l’un d’eux, avait soutenu une thèse prônant un développement autarcique, fondé sur l’agriculture. Sur la base de cette thèse, un régime démentiel se développe. Pol Pot dirige avec une discipline aveugle. Sa réputation de cruauté se répand rapidement. Toutes les villes sont évacuées. Tous les signes d’une société « décadente » sont rejetés : vêtements de couleurs, machines à écrire, radios, électrophones, automobiles, TV, écoles, poste, eau courante, hôpitaux.

Chaines, crochets et tenailles

En dehors des dirigeants, ceux qui ont exercé des métiers intellectuels, journalistes, professeurs, ingénieurs, et d’une manière générale, tous ceux qui ont été en contact avec l’Occident sont emprisonnés et éliminés. Le seul fait de porter des lunettes, d’avoir une montre, sont des signes intellectuels, synonymes de condamnation à mort. On est dans une totale paranoïa.

Bun-Nguon est arrêté, jeté en prison, torturé jusqu’à l’évanouissement. Il relève son pantalon pour montrer ce qu’il dit. Les fers, placés aux chevilles pendant des mois de détention, avaient creusé jusqu’à l’os. « C’est un miracle, nous dit-il, que je m’en sois sorti. Des centaines d’autres collègues y ont laissé leur peau. »

La population est employée à la riziculture. Dès l’âge de huit ans, les enfants travaillent dix heures par jour pour un bol de soupe et deux bols de riz. La vie privée n’existe plus. Les familles sont séparées. Des jeunes gens sont accouplés de force dans le but de faire une sélection génétique. Rien à envier au régime nazi ! Selon Pol Pot « il suffit de 1 à 2 millions de jeunes Khmers rouges pour faire le Cambodge de demain ».

Exécutions sommaires et spectacles sanguinaires, la torture est devenu monnaie courante. Bun-Nguon nous montre la prison principale où tant de gens sont morts après des tortures abominables. Le spectacle est insoutenable. Les lits de fer, les chaînes, les crochets et autres tenailles de torture, sont restés là pour le souvenir, à l’image des camps nazis d’Auschwitz.

Les Vietnamiens ont renversé les Khmers rouges le 7 janvier 1979. Deux à trois millions de Cambodgiens sont morts de maladie ou de sévices.

Georges Goubier