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L’espérance de vie : comprendre un indicateur clé


L’espérance de vie est l’un des indicateurs les plus parlants pour mesurer l’état de santé d’une population. Comprendre ce qu’elle mesure, et ce qu’elle ne dit pas, permet d’éclairer les débats sur la santé publique et l’avenir de notre système social.

L’espérance de vie est une photographie statistique de la mortalité d’une population à un instant précis. Elle répond concrètement à cette question : si les conditions de mortalité actuelles demeuraient constantes tout au long de l’existence, quel serait l’âge moyen atteint par une personne née aujourd’hui ?

Il ne s’agit en aucun cas d’une prédiction individuelle. Nul ne peut savoir ce que les prochaines années réservent : catastrophes climatiques, pandémies, confits armés, ou à l’inverse, avancées médicales capables de vaincre des maladies comme le cancer. Autant de facteurs susceptibles d’influer sur la longévité des générations futures, mais qui échappent par nature à toute anticipation.

L’espérance de vie est avant tout un outil de mesure et de comparaison. Elle permet d’évaluer les progrès sanitaires d’un pays, de comparer les nations, de retracer l’évolution des sociétés au fil des décennies, etc.

L’impact décisif de la mortalité infantile

Pendant longtemps, la mortalité infantile a été le principal facteur pesant sur l’espérance de vie. Au XIXe siècle, en France, près d’un enfant sur cinq mourait avant son premier anniversaire. Cette réalité tragique tirait fortement la moyenne vers le bas. L’espérance de vie à la naissance ne dépassait guère 40 ans, non pas parce que les adultes mouraient jeunes, mais parce que la mort frappait massivement dans les premiers mois de vie.

La transformation a été spectaculaire. Grâce à l’amélioration des conditions d’hygiène, au développement de la vaccination et aux progrès de la médecine pédiatrique, la mortalité infantile en France est passée de plus de 150 décès pour 1 000 naissances au début du XXe siècle à environ 3,5 pour 1 000 aujourd’hui. Cette révolution sanitaire explique en grande partie la forte hausse de l’espérance de vie au cours du siècle dernier.

Espérance de vie à la naissance et à tout âge

En France, en 2025, l’espérance de vie à la naissance est de 85,9 ans pour les femmes et de 80,3 ans pour les hommes.

Cet écart d’environ 6 ans, bien qu’en réduction progressive, s’explique notamment par des facteurs comportementaux : les hommes ont historiquement davantage fumé, consommé de l’alcool et exercé des métiers plus exposés aux risques.

L’espérance de vie ne se calcule pas uniquement à la naissance : elle peut être estimée à n’importe quel âge. Ainsi, l’espérance de vie à 60 ans indique le nombre d’années supplémentaires qu’une personne ayant atteint cet âge peut espérer vivre.

Ayant franchi les risques des premières années et une partie des maladies de l’âge adulte, une personne de 60 ans dispose d’un « capital vie » statistique significatif.

Vivre longtemps, mais en bonne santé

L’espérance de vie en bonne santé à 65 ans, aussi appelée espérance de vie sans incapacité, va plus loin que le simple nombre d’années vécues. Elle mesure le nombre d’années que l’on peut espérer vivre sans limitation significative d’activité due à un problème de santé.

En France, cet indicateur est d’environ 11 à 12 ans pour les femmes et 10 à 11 ans pour les hommes à 65 ans. Fait notable : l’écart entre les sexes est ici beaucoup plus faible. Les femmes vivent plus longtemps, mais passent en moyenne une part plus importante de ces années supplémentaires avec des pertes d’autonomie plus ou moins importantes.

[François Jaboeuf