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Témoignage sur l’esprit de Mai 68


J’ai été à la fois acteur et témoin de cette période de changements radicaux dans la quotidienneté...

Sommaire du dossier
- Mai 68 et la CFDT
- La grande grève de Mai 68
- Aux origines de Mai 68
- 1968 ou l’année de tous les possibles en France et en Europe
- Témoignage de Geo Goubier
- Cinq faits influencent Mai 68
- Le Constat de Grenelle
- « La CFDT a su faire le lien entre la lutte des étudiants et celle menée dans les entreprises »
- Témoignage sur des souvenirs de Mai 68
- Témoignage sur l’esprit de Mai 68

Comme nombre d’adhérents, j’ai été à la fois acteur et témoin de cette période de changements radicaux dans la quotidienneté. Je partage tout à fait le contenu du dossier sur Mai 68 l’ayant vécu comme modeste délégué syndical CFDT dans l’établissement où je travaillais. La définition des droits dans l’entreprise a modifié les rapports avec la direction et facilité les négociations.

J’ajouterais deux volets qui ont modifié mon engagement de l’époque.
Le premier est la découverte de la dimension interprofessionnelle des luttes à mener. Je me rappelle que le jeune militant d’alors poussait la porte de l’union locale CFDT pour découvrir les délégués du textile, de la métallurgie, du bâtiment, des PTT, etc. et du bon accueil reçu. L’engagement syndical prenait une autre dimension dans ce cadre. Avec enthousiasme nous avons vécu les perspectives de l’autogestion, la vente des montres LIP, celle des chemises réalisées et vendues par les ouvrières de l’usine occupée et contrôlée. De cet engagement, il reste un attachement global à la solidarité interprofessionnelle et une méfiance de tous les corporatismes : la question est toujours d’actualité !

La CFDT a contribué à la naissance d’une seconde gauche

Le second est la place dans le débat politique. André Jeanson, dont vous publiez la photo, avec la pipe, était un ami et nous nous sommes retrouvés dans une réflexion au cœur du mouvement « objectif socialiste » créé par Robert Buron pour participer à l’émergence d’une autre gauche. Nous allions y retrouver Jacques Chérèque, métallo et futur ministre. La CFDT a contribué à la naissance d’une seconde gauche au congrès d’Epinay. Nous sommes restés syndicalistes d’abord mais l’engagement pris par la CFDT et notamment Edmond Maire, a été payant et a contribué à la victoire des gauches en 1981. Mai 68 portait en lui les germes d’un renouveau social, culturel et aussi politique évident et je reste fier et un peu nostalgique d’avoir vécu cette période féconde et de pouvoir en témoigner.

Il en reste un « esprit de Mai 68 », fait de solidarité (ce n’est plus « moi d’abord ») – de responsabilité : on prend le problème à bras le corps plutôt que d’attendre la solution dans la permanence du député – la satisfaction et la joie de faire ensemble plutôt que la morosité qui condamne tout – c’est la CFDT encore vécue.}

Raymond Dendievel