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L’histoire du syndicalisme des retraités


Le Front populaire, peu réceptif, en définitive, au Mouvement des retraités disait « Du pain pour les vieux, du travail pour les jeunes ». Animé par des pensionnés de l’État, le Mouvement des retraités proposait un modèle français de retraite où la pension serait « un salaire continué alimenté par les cotisations des actifs ». À cette exception notable près, c’est dans l’après-guerre qu’il faut rechercher l’émergence du syndicalisme retraité. Ou plus précisément de la prise en charge des retraités par le syndicalisme.

Sommaire du dossier
- Le syndicalisme retraité
- L’histoire du syndicalisme des retraités
- Du Coderpa au CDCA
- Un syndicalisme retraité en lien avec les citoyens
- Les retraités acteurs dans la société
- Organisé pour atteindre l’objectif !

Naissance du syndicalisme retraité au sein des organisations de travailleurs

Créée en 1946 au sein de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), l’Association française des vieux travailleurs s’étiole et vivote jusqu’à la mort de son premier secrétaire général, Lucien Léonard, en décembre 1956. Elle renaît de ses cendres en 1961 pour la bonne cause. Les vieux aussi veulent l’évolution et donc la déconfessionnalisation ! Une fois devenue Confédération française démocratique du travail (CFDT), la confédération crée, en 1965, une Fédération des retraités et anciens travailleurs qui devient l’Union confédérale des retraités en 1969.
La Confédération générale du travail (CGT) fait de même. Elle crée son Union confédérale des retraités en mai 1969, la valide au Congrès confédéral de novembre. Benoît Frachon estime que l’Union des vieux de France, créée dans la foulée de la Libération, quand la CGT communiste revendiquait 5 millions d’adhérents, a failli. La courroie de transmission n’a pas fonctionné. Les vieux ont voté De Gaulle et pas Parti communiste français ! Mais l’Union des vieux travailleurs avait de beaux restes et il faudra attendre 1982 pour que l’UCR CGT réunisse son premier congrès. Enfin, en 1989, Force ouvrière (FO) se dote, à son tour, d’une UCR. Depuis la scission minoritaire d’avec la CGT, FO organisait des associations d’anciens syndiqués et certains de ses syndicats de fonctionnaires adhéraient purement et simplement à la Fédération générale des retraités de la Fonction publique (FGRP), émanation de l’ancienne Fédération de l’Éducation nationale.

Premier secrétariat d’État aux personnes âgées en 1981

Ces coïncidences temporelles dans le monde syndical n’ont rien de fortuit. Elles traduisent la nécessité de s’adapter à la prise en charge par le gouvernement français et le syndicalisme européen des questions liées au vieillissement de la population et aux nécessités de représentation. Le secrétariat d’État aux Personnes âgées, créé en mai 1981 et confié à Joseph Franceschi, décide de donner une représentation spécifique aux personnes âgées et retraités. Le Conseil national des retraités et personnes âgées (CNRPA), mis en place en 1982, est censé assurer « la participation des retraités et des personnes âgées à l’élaboration et la mise en œuvre de la politique de solidarité nationale les concernant ». Le deuxième collège de cette institution accueille les seize organisations nationales, dites représentatives des retraités, à caractère syndical, associatif ou professionnel. Impossible de ne pas en être et mieux vaut y être représentés par des retraités.
Trois ans plus tard, sur l’impulsion du syndicalisme italien, la Confédération européenne des syndicats (CES), ne voulant pas laisser la représentation des retraités et des personnes âgées à des organisations étrangères au mouvement syndical, initie le processus qui aboutira à la création de la Fédération européenne des retraités et personne âgées (Ferpa).

Petite histoire-géographie de l’Union confédérale des retraités CFDT

Dans les statuts confédéraux de 1970, toujours en vigueur, l’UCR est une « organisation particulière » au même titre que l’Union confédérale des cadres (UCC). Dominique Fabre, actuelle secrétaire générale, est la première élue retraitée au Bureau national confédéral. L’UCC avait sa « place réservée » avec un collège distinct de ceux des fédérations, des régions et de la commission exécutive, mais pas l’UCR jusqu’au congrès de Rennes de 2018.
Cette tardive évolution statutaire s’explique par la volonté de la CFDT de rester « dans le monde du travail », de ne pas singer les politiques ou responsables d’associations sans date de péremption. Cela n’obère en rien le fait que la CFDT s’est toujours préoccupée d’organiser les retraités en son sein.
D’abord par « humanisme » pour celles et ceux qui ont représenté la CFDT en étant élus ou désignés (délégué du personnel, comité d’entreprise, comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, délégué syndical central… un vrai monde d’avant le comité social et économique). Et pour celles et ceux qui ont fait fonctionner la boutique (Union de pays, Union départementale, Union régionale interprofessionnelle, fédération… et on en passe), ils ont tant donné !

Les retraités ont toute leur place à la CFDT… chez les retraités !

Ensuite pour des questions d’organisation. La multiplication des plans sociaux et le recours massif aux préretraites puis la retraite à 60 ans (1) coïncide avec la période de désyndicalisation. Beaucoup de syndicats dits « d’actifs » cèdent à la facilité en laissant aux commandes ceux qui y étaient, alors qu’ils sont retraités. Ferme sur les principes et souple dans la mise en œuvre, la CFDT dit bien que les retraités ont leur place à la CFDT, toute leur place. Mais chez les retraités !
Neuf de nos fédérations ont des Unions fédérales de retraités (UFR). Ce sont celles des fonctions publiques et des anciennes entreprises nationalisées. Les UFR ont ou peuvent avoir des sections syndicales de retraités (SSR), distinctes des sections syndicales d’entreprise. Ces sections sont en même temps sections d’une Union territoriale de retraités (UTR). L’adhésion des retraités CFDT se fait au niveau de l’UTR, que leur fédération d’origine ait ou n’ait pas d’UFR. Sur la base du nombre d’adhérents, l’UCR a les mêmes prérogatives que les fédérations et régions au sein du CNC, qui réunit toutes les fédérations et Unions régionales interprofessionnelles trois fois par an, depuis le congrès confédéral de Nantes en 2002. L’UCR a attendu le XXIe siècle pour voter !
Comme tous les syndicats de la CFDT, les UTR sont autonomes. Elles délèguent et mandatent. Elles sont responsables de l’action revendicative sur leur champ de compétence et participent aux décisions de leurs structures fédératives. Elles constituent des Unions régionales de retraités (URR) sur le même périmètre que les URI. Voilà comment la CFDT interprète l’article L 2141-2 du Code du travail : « Les personnes qui ont cessé d’exercer leur activité professionnelle peuvent adhérer ou continuer à adhérer à un syndicat professionnel de leur choix. »

(1) Entre 1975 et 1985, on passe de 4 145 000 retraités à 5 860 000, soit + 41,37 % en dix ans (Tableaux de l’économie française, Insee, Édition 2018).