Actu revendicative


L’indécence du sport professionnel


Alors que la crise frappe de plein fouet l'économie mondiale, le sport de haut niveau, football en tête, continue de dépenser à tout va.

Le sport professionnel marche sur la tête. Au moment où l’économie mondiale est en récession, que le chômage n’épargne plus aucun pays, les dirigeants de grands clubs de football et les présidents d’instances internationales comme le Comité olympique et l’Union européenne de football dépensent - ou font dépenser - sans compter des sommes astronomiques.

Le prestigieux club du Real de Madrid vient de débourser la bagatelle de 205 millions d’euros pour acquérir trois joueurs, le Brésilien Kaka, le Portugais Ronaldo et le Français Benzema. Selon le journal ibérique « El Mundo », le club a obtenu deux prêts, un de la Caja Madrid et un de la banque Santander. Qui dit que les banques ne font plus crédit ? Les deux établissements espagnols rétorquent que l’opération est garantie par les 600 millions de droits télévisuels. On peut l’admettre. Toutefois, la dette du Real de Madrid se monte à 562 millions et celle des clubs espagnols à 3,4 milliards.

Le très sérieux cabinet d’audit Deloitte a calculé que l’endettement total du foot anglais, souvent cité en exemple, s’établit à 3,6 milliards. Le président de la Ligue en France, Frédéric Thiriez, a beau réclamer un contrôle financier au niveau européen, bâti sur le modèle en vigueur dans l’hexagone (où les clubs sont à l’équilibre ou presque), personne ne l’écoute.

Impossible aussi d’affirmer avec certitude que l’Euro de foot se déroulera bien en Pologne et en Ukraine en 2012. Ces deux pays, rongés par la crise, n’ont pas les moyens de dépenser plusieurs milliards en construction de stades, d’autoroutes ou d’hôtels de luxe. « Rien ne sera prêt, la barre est trop haute », affirme sans sourciller un journaliste ukrainien.

Un budget triplé

Ceci n’empêche pas la France de se porter candidate pour 2016. Estimation de l’investissement : 1,5 milliard. « Le financement est déjà pratiquement prêt et on fera peu appel à l’argent public. Le programme de rénovation des stades représentera 15 000 emplois pendant les travaux de 2010 à 2014 », annonce optimiste Frédéric Thiriez. Mais après ? Comment remplir ces enceintes de 30 à 50 000 places, alors que le porte-monnaie des supporters se vide ?

Mais en matière de gabegie, la palme d’or revient au Comité olympique qui pose des conditions draconiennes aux villes et aux pays pour l’organisation des JO. Le budget des Jeux de 2012 à Londres a triplé pour atteindre les 11,7 milliards, sans pratiquement plus aucun financement privé. Les Londoniens ont été avertis qu’ils devront débourser 1,5 milliard et tous les sujets de sa Gracieuse Majesté, le reste.

Tessa Jowell, la ministre britannique en charge de l’organisation de la manifestation, l’avoue : « Si nous avions su ce que nous savons aujourd’hui, nous ne nous serions pas inscrits pour les accueillir ». Paris et son maire PS Bertrand Delanoë, candidats malheureux à cette organisation, peuvent respirer. Ce n’est pas le cas de la Russie qui avait fait le forcing pour obtenir les JO d’hiver à Sotchi en 2014 : elle n’arrive pas à boucler le budget de 13,9 milliards en dépenses d’infrastructures et 1,5 milliard en organisation. Il est grand temps de mettre fin à tant d’indécence.

Coûteuse F1

Disparu en 2009, le Grand Prix de France de Formule 1 n’est pas prêt de réapparaître dans l’hexagone. Le circuit de Nevers-Magny-Cours est toujours là, mais il est coûteux : les collectivités locales bourguignonnes ont dû boucher un trou de 7 millions en 2008. Surtout le grand manitou de la F1, l’anglais Bernie Ecclestone, ne veut plus d’une épreuve dans la France… profonde. Il préfère Paris ou sa région. Plus prestigieux. Le Premier ministre François Fillon n’y est pas opposé. Reste à trouver 120 millions !