Actu revendicative


La Bretagne voit rouge !


Le paravent de l’écotaxe pour masquer les dégâts dans l’agro-alimentaire, l’emploi soumis aux erreurs du bas coût/bas de gamme, le paradoxe des acteurs économiques et politiques rassemblés dans une cohorte dissonante… Rien n’aura été épargné à la Bretagne et à l’Union régionale interprofessionnelle de la CFDT.

Les bonnets rouges viennent-ils de donner raison à Voltaire quand il jugeait que « les Français ne sont pas faits pour la liberté, ils en abuseraient » ? Trois sujets au moins méritent d’être abordés pour décoder les raisons de la crise bretonne.

Depuis 50 ans, la Bretagne a fait le pari de l’agriculture intensive quasi exclusivement orientée vers les cultures fourragères. En cherchant à la préserver, les bonnets rouges font fausse route. La production de fruits, légumes, pommes de terre et cultures industrielles ne représente que 5 % de la surface agricole, quand les grandes cultures fourragères en représentent 91 %.

L’agriculture bretonne est aussi la championne de France de la consommation d’énergie. Deux fois plus que la moyenne nationale. En produisant 58 % des porcs français, la Bretagne doit enfin subir une pollution aux conséquences écologiques énormes.

La Bretagne a pu profiter de l’Europe. Mais quand l’agriculture devient mondiale, y a-t-elle encore sa place ? La terre, naturellement pauvre, vit à force d’engrais. On compte 40 mg de nitrates par litre dans les cours d’eau bretons, deux fois plus que la moyenne française. Difficile dans ces conditions de prendre le virage de la qualité.

L’avenir agricole français est dans les produits de haut de gamme. Et la Bretagne n’est plus la mieux placée pour cette mutation. L’économie bretonne héritée des années 1960 est morte. Son avenir est complètement à réinventer.

Solutions pérennes

La production agricole française est la première d’Europe tout en étant, en termes d’emplois, le 22e pays sur les 27 membres de l’Union européenne. Une avalanche de restructurations a donc touché l’agroalimentaire – Doux, Tilly (poulets à l’export), Gad (abattoirs de porcs).

L’industrie ? Des secteurs sont en déclin. Les télécoms, développées autour de Lannion en 1962, sont prises en tenaille par la politique consumériste et par l’échec des industriels dans l’innovation. Dans l’automobile (10 000 emplois directs), si la France peut encore sauver ses constructeurs, force est de constater que leur avenir passe par la fermeture de certains sites.

La Bretagne reste cependant moins touchée que la moyenne des régions françaises. Le taux de chômage (9,5 %) y est inférieur à la moyenne nationale (10,5 %). Son économie reste diversifiée. L’industrie couvre 24 % de ses emplois, le double de la moyenne française. « Il ne faut pas que les salariés soient la variable d’ajustement », plaide Louis Baron, secrétaire régional de la CFDT. L’enjeu du « pacte d’avenir pour la Bretagne » est bien de trouver des solutions pérennes.

Se faire entendre

Le mouvement des bonnets rouges s’est illustré en réunissant, le 2 novembre à Quimper, une foule hétéroclite de salariés, chefs d’entreprise, élus, défenseurs de la décentralisation, voire de l’autonomie régionale. Avec parfois des accents populistes prononcés. Le patronat et la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) réclament moins de contraintes, moins de charges.

Tout cela va à contresens des intérêts des salariés. Leur discours est paradoxal. « Nous avons les plus libéraux des agriculteurs et industriels qui réclament moins de normes environnementales, d’impôts et de taxes et plus de subventions et d’aide pour continuer à faire comme avant », analyse la CFDT Bretagne.

En dénonçant un « poujadisme » anti-impôts, en regrettant le « renoncement » sur l’écotaxe, Laurent Berger a jugé que le rôle de la CFDT était de relayer les réels problèmes de ce pays. Et la CFDT Bretagne de poursuivre : « Aux cris indécents des patrons qui ont le plus meurtri et la Bretagne et le corps de leurs salariés, nous préférons la voix des entrepreneurs et des producteurs qui anticipent, agissent, créent de l’emploi et qui, pourtant, peinent à se faire entendre. »

Daniel Druesne