Notre activité


« La CFDT a su faire le lien entre la lutte des étudiants et celle menée dans les entreprises »


Questions à Guy Gouyet, secrétaire général de l’Union départementale CFDT de Seine Saint-Denis et membre du bureau régional CFDT en Mai 68.

Sommaire du dossier
- Mai 68 et la CFDT
- La grande grève de Mai 68
- Aux origines de Mai 68
- 1968 ou l’année de tous les possibles en France et en Europe
- Témoignage de Geo Goubier
- Cinq faits influencent Mai 68
- Le Constat de Grenelle
- « La CFDT a su faire le lien entre la lutte des étudiants et celle menée dans les entreprises »
- Témoignage sur des souvenirs de Mai 68
- Témoignage sur l’esprit de Mai 68

Comment la CFDT a anticipé le mouvement de Mai 68 ?

Tout était calme, lors du Conseil national de la CFDT, en avril 1968, plusieurs responsables régionaux et fédéraux déclaraient que les travailleurs pensaient déjà à leurs prochaines vacances. Tout le monde a été surpris par la soudaineté et la violence. Ce fut une explosion imprévisible pour tous les observateurs de la vie sociale et politique. Jusqu’au 13 mai, la révolte des étudiants a constitué l’élément prédominant. Mais les violences policières, au cours de la nuit du 10 au 11 mai, changent la donne avec, en solidarité avec les étudiants, l’appel des organisations syndicales à la grève générale pour le 13 mai. En région parisienne, comme partout en France, il nous a fallu « prendre le train en marche ». Cela s’est fait sans difficulté. La CFDT tenait un rôle majeur dans le soutien aux étudiants et n’avait aucun mal à faire le lien entre leur lutte et celles menées dans les entreprises.

Comment as-tu vécu, avec tes fonctions à la CFDT, la grève de Mai 68 ?

Les militants ont vite compris que face à la CGT encore toute puissante dans certains secteurs (exemple le 93), la CFDT avait une carte à jouer. Et c’est ce que nous avons fait. Nos distributions de tracts se succédaient dans les entreprises, dans les gares et les bouches de métro, appelant les travailleurs à discuter, s’organiser et à agir sur leurs lieux de travail pour faire aboutir les revendications et obtenir des droits dans l’entreprise. Des tracts mais aussi des réunions, des assemblées générales au cours desquelles il nous fallait développer les revendications mises en avant par la CFDT : reconnaissance du droit syndical, non-hiérarchisation des augmentations de salaire, contrôle ouvrier. Comme disait Eugène Descamps, alors secrétaire général, il fallait mettre, sans les opposer, dans nos mots d’ordre, du qualificatif là où la CGT se limitait au quantitatif. Tout cela se passait dans le calme à quelques exceptions près. On voulait parler et « échanger entre toutes les catégories confondues ». Ce besoin de parler est un des marqueurs de Mai 68.

Quelles ont été les conséquences immédiates de Mai 68 pour la CFDT ?

Dans de nombreuses entreprises, il fallait préparer l’après et mettre en place des équipes syndicales susceptibles d’assurer la suite. Les Unions locales CFDT étaient bien placées pour faire ce travail par leur connaissance du terrain. Leur disponibilité a été mise à rude épreuve car la demande était grande. Durant toute cette période, le comportement de la CFDT, à tous les niveaux de l’organisation, a été exemplaire, aussi bien dans le soutien à la lutte des étudiants que dans celle des travailleurs. Cette dernière s’est traduite par un afflux de militants et d’adhésions. Les effectifs de la région parisienne ont augmenté de près de 32 % entre 1967 et 1969.
Et pour reprendre ce que disait la Confédération au sortir de ce conflit, même si Mai 68 a été plus contestataire que revendicatif, pour une contestation globale de la société, il ne faut pas négliger dans le bilan de Grenelle une avancée non négligeable des revendications prioritaires de la CFDT : notamment le droit syndical et le relèvement des bas salaires.

Propos recueillis par Danielle Rived

Guy Gouyet