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La Chine, entre attirances et craintes


La Chine inquiète par sa puissance économique et stratégique et suscite des réactions contradictoires.

L’écart est énorme entre les craintes d’Alain Peyrefitte dans Quand la Chine s’éveillera (1973) et l’enthousiasme de Jean-Pierre Raffarin (homme politique libéral) ; il l’est également entre les USA de Trump, champion de l’unilatéralisme, et la Chine communiste, championne du multilatéralisme.

La Chine aujourd’hui

La République populaire de Chine est dirigée depuis 2013 par Xi Jinping ; elle compte 1,4 milliard d’habitants ; l’espérance de vie est de 76 ans, le taux d’alphabétisation de 96 %. La langue officielle est le mandarin, la monnaie, le yuan ou renminbi.
La Chine est, depuis la prise de pouvoir par Mao Zedong en 1949, dirigée par le parti communiste. Le PC compte 89 millions de membres, il pratique un maillage serré de l’État, des territoires, des entreprises, avec très peu de place pour la prise en considération des minorités, les droits de l’homme, les syndicats : la fédération des syndicats de Chine est inféodée au pouvoir et n’a aucune autonomie.

La croissance économique a ralenti récemment – 6,8 % en 2017 – après s’être maintenue jusqu’en 2010 au-dessus de 10 % avec des pointes à 15,2 % en 1984 – 14,2 % en 1992 – 14,2 % en 2007.

La crise économique mondiale de 2008 a mis en lumière les limites du « modèle chinois de rattrapage » qui a toutefois permis à 500 millions de personnes de sortir de la grande pauvreté depuis 1980.

Aujourd’hui, le rééquilibrage de l’économie chinoise se construit sur un modèle de croissance qui repose sur la consommation privée et les services ; les autorités chinoises mènent des politiques monétaires et budgétaires accommodantes : le déficit public serait de 12,6 % du PIB en 2017, tandis que l’endettement total de l’économie serait passé de 150 % du PIB en 2007 à plus de 260 % fin 2017.

Cet endettement élevé est le point de fragilité le plus important de l’économie chinoise tandis que les réserves de change demeurent significatives : elles sont estimées à 3,140 milliards de dollars à fin 2017.

L’économie chinoise est désormais la deuxième économie mondiale : c’est dans ce contexte que s’inscrit l’initiative chinoise des « nouvelles routes de la soie ».

Les « nouvelles routes de la soie »

Ce projet fait référence aux réseaux de communication vers l’ouest, développés sous la dynastie des Han et baptisés « routes de la soie » par le géographe allemand Von Richthofen en 1877. L’initiative est lancée en 2013 par Xi Jinping. Aujourd’hui, on parle plutôt de « Belt and Road Initiative ».

Le but est de développer des infrastructures (routes maritimes, chemins de fer, réseaux de communication) reliant « l’Empire du milieu » au reste de l’Asie, de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Europe. C’est un plan à long terme pour promouvoir les investissements chinois et mettre en œuvre une nouvelle forme de mondialisation. Les investissements globaux sont estimés à 1 000 milliards de dollars sur plus d’une dizaine d’années.

Le financement est obtenu par des prêts des banques chinoises, des institutions financières multilatérales. Les projets sont parfois critiqués pour leur manque de transparence et les risques d’endettement accrus pour les États et les entreprises concernés.

De nombreux pays se montrent intéressés par ces projets tandis que d’autres tels que les USA, l’Inde, le Japon sont réservés voire hostiles.

La Chine et ses principaux concurrents

Les USA mènent une politique agressive à l’égard de la Chine au motif de leur déficit commercial élevé avec ce pays : celui-ci atteint 375,6 milliards de dollars en 2017. Trump annonce alors le 8 mars 2018 de nouveaux droits de douane sur l’acier (25 %) et l’aluminium (10 %) puis, le 22, de nouvelles sanctions.

La Chine riposte en prenant des sanctions sur 128 produits américains : après cette épreuve de force, des négociations à l’issue incertaine sont entamées. On peut se demander si tout cela n’est pas « surjoué » quand on sait que la Chine est devenue le premier créancier des USA, détenant, en avril 2018, 19 % du montant total de la dette américaine.

Le projet des « nouvelles routes de la soie » inquiète les USA car se profile la question du leadership mondial.

Du côté de l’UE se mêlent de la fascination et des intérêts spécifiques à chacun. La Chine est habile, elle emprunte différentes voies pour déployer sa stratégie d’expansion : il en est ainsi des relations institutionnelles qui se développent avec la Commission dans le cadre de « l’agenda stratégique de coopération UE-Chine 2020 ».

Cependant, des désaccords subsistent compte tenu de l’absence de réciprocité et d’ouverture du marché chinois, incitant le Parlement européen, en 2016, à refuser le « statut d’économie de marché » à la Chine. En 2016, l’UE précise sa stratégie en mettant un terme à l’attitude de bienveillance qui prévalait jusqu’alors. Tout récemment (avril 2019), un accord a été trouvé au sein de l’UE pour mieux contrôler les investissements étrangers.

Cependant, les relations de la Chine au sein de l’UE sont multiples : la Chine est le principal partenaire de l’Allemagne. Depuis qu’elle est chancelière (2005), Angela Merkel s’est rendue 11 fois en Chine. En 2016, 5 200 entreprises allemandes sont implantées en Chine. Divers pays européens ont signé des accords avec la Chine : la Grèce avec la prise de contrôle du port du Pirée, l’Italie, en mars 2019, avec 29 accords sectoriels, tandis que la Chine intensifie ses relations avec les pays d’Europe centrale et orientale.

Situation dégradée des droits de l’homme

La Chine connaît une situation dégradée des droits de l’homme : des médias sous contrôle, près de 2 000 exécutions capitales chaque année. La Chine est un pays au potentiel de développement considérable. L’État chinois est reconnu internationalement : entrée à l’ONU (1971), au FMI (1980), à l’OMC (2001).

Aujourd’hui, la Chine exerce un leadership international et est présente partout : en Asie, en Afrique (dont elle est le premier partenaire commercial), avec l’UE, au sein du Conseil de l’Arctique, mais également sur le plan culturel avec le développement des « Instituts Confucius » présents dans 146 pays. La stratégie d’expansion de la Chine doit donc être regardée, sur le long terme, à partir de nos intérêts européens et de nos valeurs, avec la plus grande attention.

Jean-Pierre Moussy

Pour en savoir plus :

www.oecd.org/fr/eco/etudes/etude-economique-chine

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