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La France dépense-t-elle trop pour sa santé ?


Malgré un déficit croissant de l’assurance-maladie, la France ne se distingue pas par un niveau de dépenses de santé excessif. Si l’équilibre financier du système se dégrade, les comparaisons internationales montrent que les dépenses françaises restent globalement dans la moyenne haute des pays riches, sans dérive particulière. Telle est l’analyse du Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (HCAAM).

Une situation financière alarmante

Le déficit de la branche maladie atteint près de 16 milliards d’euros en 2025, en creusement de 5 milliards depuis 2023, représentant les trois quarts du déficit global de la Sécurité sociale. Aucune trajectoire de retour à l’équilibre n’est aujourd’hui prévue : la loi de financement pour 2026 anticipe même une nouvelle dégradation à l’horizon 2029. La situation des hôpitaux publics aggrave le tableau, avec des déficits passés de 0,2 à 2,9 milliards d’euros entre 2016 et 2024. Ce déséquilibre est d’autant plus inquiétant qu’il ne peut être attribué à une crise sanitaire ou à un choc économique.

Le déficit n’est pas un indicateur des dépenses de santé

Le HCAAM rappelle une distinction fondamentale : le déficit de l’assurance-maladie n’est pas un indicateur du niveau de dépenses de santé d’un pays. Il traduit simplement un déséquilibre entre ce que la société choisit de socialiser et les recettes affectées à l’assurance-maladie.

Dans des pays comme les États-Unis, les dépenses de santé sont intégrées au budget général ou couvertes par des assureurs privés sans qu’il existe de notion de "déficit de l’assurance-maladie", et sans que cela préjuge de leur niveau de dépenses.

De plus, réduire les dépenses publiques de santé ne réduit pas nécessairement la dépense totale : cela peut simplement en déplacer le financement vers les patients ou les complémentaires.

Le bon indicateur, c’est la dépense totale de santé

L’indicateur pertinent est la dépense courante de santé au sens international (DCSi), tous financeurs confondus. En 2024, la France consacre 6 110 dollars (5 300 euros) par habitant à la santé (en parité de pouvoir d’achat), se classant au 10e rang mondial — dans le groupe des pays riches qui dépensent le plus, mais en-deçà de la majorité de ses voisins d’Europe du Nord-Ouest.

Rapportée au PIB, la dépense française s’élève à 11,4 %, plaçant la France au 5e rang mondial, derrière les États-Unis, l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche. Ce rang plus élevé s’explique par un PIB par habitant inférieur à celui des pays comparables.

Une croissance maîtrisée

Durant les années 2010, la croissance des dépenses de santé françaises (2,2 % par an) a été parmi les plus faibles de l’Union européenne, bien sous la moyenne européenne de 2,7 %. Depuis le Covid, la progression s’est accélérée (4,4 % par an sur 2019-2024), mais reste l’une des plus basses de l’OCDE. En matière de médicaments, la France a longtemps été atypique par sa surconsommation. Elle a rejoint la moyenne européenne, avec des volumes vendus en officine en baisse de 12% entre 2009 et 2022.

La France dans la moyenne haute

La France ne présente pas un niveau de dépenses de santé anormal : elle dépense globalement comme ses voisins d’Europe du Nord-Ouest, voire un peu moins en valeur absolue. Compte tenu de son niveau de vie plus faible, cet effort est même proportionnellement plus important.

Pour le HCAAM, cela ne signifie pas pour autant qu’il n’existe pas de marges d’efficience à dégager car le vieillissement, les nouvelles pathologies et les coûts de l’innovation rendront ces efforts indispensables.

Extraits de Décryptages Santé n°1, mai 2026 (HCAAM)