UNION CONFÉDÉRALE CFDT DES RETRAITÉS

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La Nouvelle-Calédonie n’est pas à l’abri d’une révolte sociale


De nombreux problèmes ont émergé en Nouvelle-Calédonie à la suite des soulèvements de 2024 : chômage, menace sur la protection sociale, pouvoir d’achat, alimentation quotidienne et santé. Comme beaucoup de Calédoniens, les retraités subissent cette situation.

Mai 2024, de violentes émeutes éclatent en réaction à un projet de réforme constitutionnelle visant à élargir le corps électoral des élections provinciales. Un an après, le territoire souffre de leurs répercussions.

Les conséquences économiques et sociales sont importantes. Officiellement, plus de 10 000 emplois ont été supprimés, « mais on en découvre tous les jours », observe Bruno Heuea, secrétaire général du Syndicat des ouvriers et employés de Nouvelle-Calédonie Retraités (Soenc Retraités), organisation partenaire de la CFDT Retraités. Un accord-cadre a bien été conclu, il trace de grandes lignes de mesures, notamment sur l’emploi, la formation, mais des secteurs importants ne sont pas pris en compte, tels le nickel, pilier de l’économie locale, les bâtiments, les travaux publics et la santé.

La Cafat, le régime qui gère les retraites, n’a plus que trois mois de réserve de fonctionnement au lieu de douze. « Dans six mois, il n’y aura plus de versements de retraites. », prédit Bruno Heuea. La commission paritaire de la Cafat préconise un gel des cotisations et pas de revalorisation en 2025-2026, avec une bascule des cotisations vers les retraites, le territoire prendrait en charge des prestations familiales mais rien n’est acquis. « La Cafat avait émis comme hypothèse un adossement momentané à la Cnav, mais ça ne peut être qu’une décision politique », souligne Alain Monnier, secrétaire général adjoint du Soenc Retraités. La Caisse des fonctionnaires territoriaux est dans le rouge également !

Et quelle enveloppe pour l’emploi, la formation, la protection sociale ? « Rien n’a été fait depuis une quinzaine d’années, et maintenant le gouvernement fait des propositions sans réfléchir, à la va-vite », déplore Bruno Heuea. Les élus relaient la revendication patronale : le report voire l’abandon des charges patronales pour les sociétés en difficulté. « Par contre, ils continuent à ponctionner les cotisations des salariés », observe encore Alain Monnier.

Se nourrir devient compliqué

Des Calédoniens peinent à survivre. Les centres communaux d’action sociale (CCAS) reçoivent des demandes de populations inconnues jusqu’alors. Les retraités vivotent, la plupart éprouvent des difficultés pour s’alimenter dans les grandes surfaces où les prix sont de 30 à 35 % plus chers qu’en Métropole. Or ce sont eux qui consomment le plus. Mais pour combien de temps ? « Peu touchée l’an dernier, Nouméa l’est à présent. Il y a un risque d’émeutes de la faim », pointe Jean Hnaissilin, membre du bureau du syndicat. Signe des temps : les vols se concentrent sur la nourriture.

Par ailleurs, le territoire semble divisé en deux. C’est particulièrement vrai pour la santé dans la Province Nord, déjà touchée par la chute du tourisme. Il n’y a plus assez de soignants. Nombreux sont ceux qui ont quitté le Caillou, entraînant la fermeture de dispensaires. Le seul hôpital qui fonctionne normalement dans le Nord est celui de Koné. La situation est dramatique en brousse, où les hôpitaux de Poindimié et de Koumac ont stoppé la quasi-totalité de leurs services. Les retraités se serrent aussi la ceinture pour se soigner. Beaucoup ne cotisent plus à la complémentaire maladie avec des conséquences sur leur santé.

Face à cette situation, les syndicalistes s’accordent pour dire que « seul un accord politique sur les enjeux économiques, sociaux et institutionnels incluant les partenaires sociaux peut débloquer la situation ».

[Jean-Pierre Druelle